Allocine : Qui est l’énigmatique Paul W.R et comment s’est déroulé votre rencontre ?

Romain Quirot : Pour le rôle de Paul W.R comme pour le reste du film, je cherchais à jouer avec les codes du genre SF, à les détourner pour en tirer de la poésie. Tout l’enjeu était de trouver un comédien qui puisse incarner physiquement cet astronaute sauveur du monde… Avec la fragilité en plus. Après des semaines de recherches, j’ai fini par rencontrer Hugo et…

Hugo Becker : … et on est tombé amoureux (rires). Quand j’ai reçu le projet, je me souviens avoir appelé mon agent pour avoir le numéro de Romain. J’ai trouvé son scénario génial, très simple et poétique – avec des références au Petit Prince de Saint-Exupéry. Ça m’a bluffé, je n’avais jamais vu un truc pareil !



AC : D’ailleurs… que signifient les initiales W.R ?

Romain Quirot : Ca m’amusait de jouer avec les initiales. Si on les garde, cela forme les lettres « PWR » : comme power… C’est un clin d’œil au secret du personnage principal : depuis l’enfance, Paul W.R entend les pensées des gens qui l’entourent. Et son « pouvoir » est devenu une malédiction.

Hugo Becker : Moi je préfère « Paul We rock’n’roll » ! (rires). Je suis d’accord avec Romain, son pouvoir l’amène à une sorte de dégout : il se demande si l’humanité mérite d’être sauvée. Si on avait accès aux pensées des autres, on n’apprécierait pas forcément ce que l’on entendrait : mesquineries, jalousie, mensonges…

Romain Quirot : Il sait que sa mission est sans retour. Mais comment se sacrifier pour une humanité incapable de nous cacher ses pires défauts ?

Il y a deux visions qui s’opposent dans le court-métrage : le monde mérite-t-il d’être sauvé ?

Romain Quirot : Il y a un rapport fort à l’enfance, une forme de légèreté et de naïveté qui se dégage de l’univers. Ce qui me permet de contraster avec des sujets plus graves. La question principale est : qui sont les gens ? On pense savoir, on projette… Mais dans le fond, on ne sait jamais qui est l’autre. Et plus largement, j’ai parfois l’impression qu’aujourd’hui, on vit dans une sorte de paranoïa latente. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup.

Hugo Becker : En fait, Paul est tout le monde à la fois. Il est influencé par les pensées qu’il entend. Quand il doit faire le choix entre sauver le monde ou laisser les choses ainsi, il va écouter les voix les plus fortes. On a tous en nous un côté héroïque, lâche, courageux ou mesquin. Je pense que Paul n’a pas envie de sauver tout le monde mais il ne peut pas faire de différence dans son choix final. C’est un véritable dilemme.

On est une nouvelle génération, on a envie de faire des choses ambitieuses et différentes

En quelques mots, quel serait la visée de votre court-métrage ?

Romain Quirot : La science-fiction, sous couvert de divertissement, permet de questionner notre société et le monde dans lequel on vit. Je voulais m’intéresser à notre rapport à l’autre. Pour Paul W.R, « l’enfer c’est les autres », car ils ne peuvent rien lui cacher… Mais en même temps : que deviendrait-t-on sans eux ? Ensuite mon challenge en tant que réalisateur était de faire un film de science-fiction en français. Un film léger, presque pop. J’avais pas du tout envie de traiter cette histoire avec un premier degré plombant.

Hugo Becker : Je trouve que ce scénario évoque énormément de choses. J’ai pensé à cette réplique des Infiltrés quand j’ai vu le film : « Je ne veux pas que mon environnement ait une influence sur moi, je veux,  moi, avoir une influence sur mon environnement« .

Quelles sont vos influences, vos inspirations ?

Romain Quirot : Au niveau cinématographique c’est vraiment un mélange. Enfant, j’adorais les films de genre comme Star Wars. En grandissant, les influences se sont diversifiées et mélangées : la nouvelle vague, le cinéma japonais de Kitano, plein de trucs, pas toujours bien ! Et la littérature aussi – on parlait du Petit Prince, une autre influence majeur est l’écrivain Ray Bradbury. Le court porte tout ça en lui.

On retient de votre court ses très belles images. Où est-ce que le film a été tourné ?

Hugo Becker : Dans l’espace ! (rires). On préfère garder la magie…

Romain Quirot : Par contre, on peut vous dire que Jean-Paul Agostini, le chef opérateur, n’y est pas pour rien.



AlloCiné n’a pas dit son dernier mot : le court-métrage de Romain Quirot a été en partie tourné… au Maroc !

 
Ce que l’on retient aussi, c’est sa bande-son :

Romain Quirot : Pour ça, c’est Etienne Forget qu’il faut féliciter ! C’est un compositeur avec lequel j’ai l’habitude de collaborer. J’avais presque la mélodie en tête pendant que j’écrivais le scénario. J’ai donc travaillé avec Etienne bien avant le tournage, c’était même la première étape de la production. Je voulais quelque chose d’assez simple mais teinté de mélancolie, une instrumentalisation que l’on n’entend pas forcément dans un film de science-fiction. Le fait d’avoir travaillé sur la musique en amont nous a permis de l’amener sur le tournage, pour aider les acteurs.

Hugo Becker : C’était absolument génial. Pour la fin du film Romain avait mis l’un de ses thèmes musicaux et ça m’a permis de rentrer complétement dedans. Sa musique me fait voyager…

Il va donc y avoir un long-métrage. Où en êtes-vous pour le moment ?

Romain Q. : Je viens de terminer l’écriture du scénario. J’ai envie de pousser cette histoire plus loin. Notre objectif est de tourner le film en 2016. Il y a un véritable enjeu : on est une nouvelle génération, on a envie de faire des choses ambitieuses et différentes. Ça fait longtemps que l’on n’a pas vu de film de science-fiction en France. Paul W.R ne s’adresse pas à une niche de geeks mais à un maximum de personnes.

Hugo B. : Ce n’est pas objectif Lune mais objectif 2016 ! (rires). J’ai toute confiance en Romain. J’ai d’autres projets en cours mais c’est celui qui m’anime le plus. C’est un film que l’on ne peut pas catégoriser, un univers encore inédit pour moi. Romain fait vraiment son travail à la française. Les effets spéciaux viennent sublimer le fond, ce n’est pas l’inverse.

Rendez-vous le 8 décembre sur Allociné pour découvrir en exclusivité le court-métrage de Romain Quirot



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