Dès le 3 février, les téléspectateurs de TMC pourront découvrir Gotham, la série de la FOX qui explore l’enfance de Bruce Wayne, alias Batman. Rencontré à Paris, le créateur Bruno Heller (« Mentalist ») nous dévoile les coulisses du programme !

Explorées au détour de quelques scènes dans les adaptations cinématographiques, les origines de Batman sont au coeur de Gotham, une série diffusée par la chaîne américaine FOX depuis 2014. Débutant peu après l’assassinat des parents de Bruce Wayne, ce programme explore la jeunesse de personnages mythiques des célèbres comics DC et suit les aventures d’un jeune et ambitieux James Gordon (Ben McKenzie) face à l’ascension criminelle d’un Pingouin (Robin Lord Taylor) en bas de l’échelle de la pègre. Diffusé en France à partir du 3 février, ce show nous avait été présenté par son créateur Bruno Heller, dont voici l’interview ci-dessous. 

Comment a été lancé le projet Gotham ? Et qu’est-ce qui vous a intéressé ?
Bruno Heller : DC Comics est en partenariat avec les studios Warner, et cela a démarré comme n’importe quel autre projet. J’ai discuté avec Peter Roth de Warner et Jeff Jones de DC sur la possibilité de développer une série sur cet univers. Je ne pense pas être un scénariste de super-héros à la base car pour moi les superpouvoirs c’est comme de la magie, et c’est dur d’écrire une telle histoire puisqu’avec des pouvoirs magiques, on peut facilement résoudre tous les problèmes. Je voulais donc développer une série qui n’implique pas ce type de pouvoirs, ce qui m’a naturellement dirigé vers Batman. Mais il y a déjà les films, et face à ces spectacles de grande ampleur ce serait beaucoup trop difficile de les retranscrire dans l’univers plus modeste de la télévision. Que restait-il alors ? Le commissaire Gordon est probablement le personnage le plus « normal » de tous et je préfère écrire des histoires sur des personnages normaux qui font des choses extraordinaires plutôt que l’inverse. L’idée de base fut donc : et si le jeune James Gordon était en charge de l’enquête sur la mort des parents de Bruce Wayne ? On a décidé de mettre en scène ces personnages avant qu’ils ne deviennent iconiques et avons faire en sorte de ne pas prendre en compte les événements ultérieurs. Cela m’a donné l’impression de raconter une histoire plus originale et les contours principaux de l’intrigue ont été ainsi définis. Enfin, les autres personnages se sont intégrés à l’histoire : le Pingouin, Catwoman…

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Quelle est l’implication de DC Comics dans la série ? Avez-vous des consignes à suivre ou êtes-vous complètement libre d’écrire ce que vous voulez ?
Nous sommes à la fois libres et en même temps nous devons respecter la mythologie de Batman. Par exemple, le Joker n’apparaît pas avant Batman dans sa version classique. Nous pouvons donc raconter l’histoire du Joker avant qu’il ne devienne le Joker, mais nous ne pouvons pas le présenter sous sa forme bien connue. En revanche, le Pingouin existait avant l’apparition de Batman, nous pouvons donc imaginer son histoire à notre guise. Il y a une partie qui d’entière liberté et pour le reste une mythologie que nous devons respecter. Mais ce n’est pas non plus un fait historique, et il y a énormément d’histoires développées à partir de Batman. Elles sont trop nombreuses pour toutes les prendre en compte, c’est la nature même du mythe. Beaucoup trop de personnes ont raconté l’histoire de ce personnage pour qu’elles puissent concorder en une seule version. Tant que nous restons fidèles à l’essence du personnage et que nous respectons le travail qui a été fait avant nous, nous sommes libres de faire ce que nous voulons.

Avez-vous cherché à vous inspirer des films réalisés par Tim Burton et Christopher Nolan ?
J’ai envie de vous dire que vous oubliez ceux de Joel Schumacher (rires)… Pour répondre à votre question, cela a évidemment été une source d’inspiration dont on a essayé de tirer certains éléments. La dimension épique et grandiloquente apportée par Christopher Nolan et l’anarchie visuelle tirée des comics des versions de Tim Burton sont deux éléments dont nous nous sommes inspirés. Mais il fallait veiller à ne pas se calquer dessus car le résultat n’aurait pas été à la hauteur puisque ce sont deux formats différents aux spécificités propres. La mythologie de Batman est tellement vaste que l’histoire peut se permettre d’être raconté à travers divers points de vue, et notre inspiration s’est davantage portée vers les comics. Gotham tire davantage son inspiration des romans graphiques que des films car sur papier on peut traiter plusieurs histoires en même temps ce qui n’est pas le cas au cinéma. En outre, il y a un côté épisodique qui peut se prolonger à l’infini. Mais je suis un grand fan de ces deux versions cinématographiques.

Gotham ne met pas en scène le bien contre le mal mais mélange ces deux notions à travers chaque personnage. Comment avez-vous conçu ce rapport compliqué ?
Je crois que c’est Renoir qui a dit « Ce qui est terrible sur cette Terre, c’est que tout le monde a ses raisons. ». Dans le monde réel, même les meilleures intentions peuvent mener vers les pires conséquences possibles. C’est toute l’ironie de l’Histoire et de la vie. On ne prévoit pas de faire ainsi, on développe simplement les personnages et on suit les intrigues à travers les chemins qu’ils empruntent. C’est l’essence même du mythe de Batman et l’élément le plus important pour comprendre ce personnage. Le bien et le mal ne sont pas des notions opposées mais des nuances différentes d’un même élément.

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Dans la série, nous découvrons comment Alfred est devenu un père de substitution pour Bruce et comment ce dernier a appris à contrôler sa colère et apaiser sa soif de vengeance. Un épisode qui n’avait jamais vraiment été développé dans les films…
Pour moi, l’un des mystères de cette relation est de savoir comment Bruce est devenu Batman et quel rôle a joué Alfred dans cette transformation. Rongé par la colère et le désir de se venger, il aurait été impossible pour le jeune Bruce de devenir Batman si Alfred ne l’avait pas aidé à canaliser tout cela. Sans son aide, il aurait fini chez le psy et aurait suivi un lourd traitement ou aurait intégré un pensionnat privé. J’ai donc estimé que Batman n’était pas la création de Bruce Wayne, mais une combinaison de son esprit et de celui d’Alfred.

Avez-vous participé au casting de la série ?
J’ai été impliqué dans le casting car aux Etats-Unis le showrunner en a la responsabilité. Evidemment, les studios et la chaîne ont leur mot à dire, mais je suis la personne qui est en charge du recrutement des acteurs. J’avais travaillé avec Ben McKenzie sur un pilote et il est parfait pour le rôle de Gordon car c’est un homme vertueux et old school. A la télévision, on ne peut pas mentir sur sa nature, là où cela est possible au cinéma. Donc pour jouer Gordon, il fallait un acteur vertueux avec un grand sens de l’honneur, ce qui s’applique à Ben, qui est quelqu’un de très sérieux, d’intelligent, dont les valeurs sont similaires à celles de Gordon. Pour ce qui est de Robin Lord Taylor… le rôle du Pingouin a été très dur à caster, car c’est un personnage hors norme qu’on ne retrouve que dans les comics. Dans la vie réelle, ce genre de personnage n’existe pas. Il fallait donc trouver un acteur qui puisse incarner cet aspect tout en le rendant réaliste et crédible. Nous avons rencontré beaucoup de comédiens merveilleux pour ce rôle mais Robin Lord Taylor a réussi à rendre ce personnage humain et à nous attacher à lui. Il a réussi à le rendre appréciable, même quand il est mauvais, mais également à nous permettre de le comprendre. C’est là tout son talent d’acteur. Il peut livrer des performances outrancières comme au théâtre puis enchaîner avec des interprétations plus intimistes. Cela a été une vraie chance pour nous de le rencontrer et je pense qu’il aura une carrière extraordinaire. 

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Que pouvez-vous nous dire sur le déroulement de la saison 2 ?
L’une des difficultés au début de la série a été d’inclure un maximum de personnages et d’intrigues, car il nous fallait introduire de forts personnages féminins, de l’action, de l’aventure, Bruce Wayne, Alfred, Catwoman, le Pingouin, Gordon… Mais maintenant que cela a été fait, nous pouvons accorder davantage de temps au développement des histoires et nous concentrer sur un fil rouge plutôt que de traiter plusieurs choses en même temps. La série s’appelle Gotham et non Gordon ou Pingouin, et le personnage principal est en réalité la ville en elle-même. Maintenant qu’elle a été introduite dans la première saison, nous allons pouvoir prendre notre temps pour développer les histoires. Je peux par exemple vous dire que dans la saison 2, Nygma (qui deviendra par la suite l’Homme mystère) prend plus d’importance pour devenir peu à peu un génie du mal. C’est ce qui est amusant à faire, explorer les origines des personnages et leur basculement vers le mauvais côté. Je peux aussi vous dire aussi que nous introduirons Mister Freeze parmi les nouveaux personnages. L’univers de la télé est beaucoup plus improvisé que ce que les gens pourraient croire. Nous créons des personnages, puis suivons la direction qu’ils empruntent pour développer nos intrigues. J’essaie de voir ce que je peux vous dire d’autre, je ne veux pas tout révéler (rires)…



Cet article a trouvé sa source chez nos confrères AlloCiné