Souffle de liberté à Taïwan

Par Johan Rivalland

On en a relativement peu entendu parler dans nos médias, mais la candidate indépendantiste Tsai Ing-wen a remporté, le 16 janvier dernier, l’élection présidentielle taïwanaise, à une large majorité (56% contre 31% à son principal adversaire), face au candidat du parti au pouvoir (le Kouo-Min-Tang, créé par Tchang Kaï-chek). Elle devient ainsi la première femme présidente de cet endroit toujours surnommé officiellement « la République de Chine ».

Taïwan et les échecs du régime chinois

Il s’agit non seulement de la fin du parti unique nationaliste qui régnait jusque-là tout en tentant de se rapprocher, depuis vingt ans, de la Chine communiste (ce qui a joué un rôle majeur dans sa défaite), mais aussi un symbole fort de « la résistance et de la liberté ».

C’est cette dernière expression qui est au centre d’une intéressante chronique de l’IHS (Institut d’Histoire Sociale), parue le 22 janvier.

Son auteur y analyse l’information, replacée dans le contexte de la répression politique chinoise et des persécutions religieuses qui perdurent toujours dans ce régime demeuré communiste, malgré la vision tronquée que l’on peut trop souvent en avoir ici.

Après Hong-Kong, c’est donc au tour de Taïwan de parvenir à résister à la Chine et à son capitalisme d’État, loin de la libéralisation politique et l’avènement de la démocratie que d’aucuns espèrent voir émerger. Un pays où mensonge et corruption règnent en maîtres, de la part de dirigeants formant une véritable nomenklatura quasi héréditaire qui s’accapare le pouvoir et vise à perpétuer le système en vigueur.

Loin de la démocratie libérale

Est-il besoin de rappeler, en effet, que ce qui forge la démocratie libérale chez nous repose sur des principes forts issus d’une longue histoire, celle d’un Occident multi-millénaire aux influences riches et multiples ?

En Chine, la démocratie au sens occidental ne semble hélas pas être pour demain. Et c’est bien davantage par pur pragmatisme que l’économie chinoise a conduit ses réformes et fondé son développement économique, continuant de honnir le terme même de capitalisme.

Une puissance où dominent le clientélisme, la bureaucratie et un pouvoir central à la fois puissant et autoritaire.

La propagande y règne d’ailleurs toujours en maître, puisque l’article de l’IHS rappelle que, malgré son échec pitoyable lors de la campagne électorale, elle continue de sévir. À peine élue, Tsai Ing-wen fait ainsi l’objet de mesures de censure sur internet, via Weibo, le principal réseau social de Chine…

Ce qui n’empêche pas cette élection de constituer une excellente source d’espoir pour l’avenir et celui de ses habitants, même s’il faudra bien sûr nécessairement du temps pour que les choses évoluent vraiment en profondeur.

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