Djibouti s’enfonce dans la répression policière

Par Paul Laroche

 

La fin de l’année 2015 et les affrontements qui ont fait au moins 27 morts dans le camp de l’opposition démocratique resteront ancrés dans les mémoires djiboutiennes. Selon les autorités, seuls sept morts sont à dénombrer après des heurts avec la police dans un quartier populaire de la capitale. Les ONG locales contestent ce chiffre, mais n’ont pas voix au chapitre dans un régime où la liberté d’expression s’amenuise chaque jour un peu plus. Derrière les violences se cache la volonté farouche du président Guelleh de se maintenir au pouvoir.

Le pouvoir ne se partage pas (et ne se quitte pas)

Tel pourrait être l’adage (du moment) du président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh. Chef d’État depuis 1999 de ce petit morceau de terre à l’est de l’Afrique, Omar Guelleh a compris depuis fort longtemps que pour durer il ne faut pas s’attirer l’ire des puissances qui comptent. Dès lors que cet impératif est respecté tout ou presque est possible. Et lorsque tout est possible c’est souvent le pire qui émerge. Djibouti en est la triste illustration avec un pouvoir qui ne laisse aucune place à l’opposition et qui ne prend plus de gants pour imposer sa loi, et non pas celle du droit et de la majorité.

La majorité. Mot chéri dans les systèmes démocratiques, il l’est aussi officiellement à Djibouti où la majorité dans les urnes se retrouve à la tête de l’exécutif et au Parlement. Sauf quand l’opposition l’emporte et que le pouvoir mis à mal fait des pieds et des mains comme en 2013 pour faire entrer au Parlement sa majorité et non celle élue par le peuple. Lorsque les résultats sont « décevants » le système est bloqué, on invoque l’urgence d’une union nationale et d’un dialogue, et les mêmes pantins font office de députés et de ministres. Le théâtre politique n’est qu’une mise en scène grossière et lorsque « le public » (il faut comprendre les citoyens) essaye d’arracher le rideau de l’illusion démocratique, le pouvoir n’hésite pas à envoyer une police brutale dont la seule fonction est de terroriser la population.

Le 21 décembre 2015, l’opposition en a fait la douloureuse expérience une fois encore avec une descente de l’armée et de la garde présidentielle qui a fait entre 9 et 34 morts. La fourchette des victimes est large, tout comme la conception qu’ont les autorités de la démocratie. Inutile de souligner qu’aucune victime n’est à déplorer du côté des « forces légales » dans la mesure où les personnes attaquées n’étaient pas armées et s’étaient regroupées pacifiquement près du bidonville de Balbala. Une cinquantaine de blessés est à déplorer et une dizaine de personnes ont été arrêtées. Haut lieu de la contestation de la toute puissance du pouvoir, Balbala a déjà fait les frais de réactions violentes du pouvoir lorsque ce dernier n’est pas entièrement sûr de sa mainmise sur la société civile. Et le sentiment d’insécurité ne devrait que s’amplifier jusqu’à l’élection présidentielle du 8 avril 2016.

Jamais trois sans quatre

Venant montrer patte blanche à l’Occident en 2011 après son élection pour un troisième mandat précédé d’une modification nécessaire de la Constitution, Ismaïl Omar Guelleh avait juré dans les colonnes du journal Jeune Afrique qu’il ne briguerait plus la présidence après un dernier round politique déjà suspect. Mais la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et après un faux suspense, l’inamovible président a été officiellement investi pour représenter son parti lors de la prochaine élection. La chose est officielle depuis le 8 janvier 2016, mais les atrocités commises depuis plusieurs mois et en particulier celle du 21 décembre dernier n’auront finalement été qu’une terrible étape préparatoire à une élection déjà souillée.

Les leaders de l’opposition sont arrêtés tous les jours, interrogés sous la menace et certains d’entre eux croupissent dans les geôles du pays sans motif réel ni jugement digne de ce nom. Et peu importe que l’on soit simple opposant ou député hostile, tous ceux qui ne suivent pas la politique présidentielle sont écartés sans pitié aucune. Encore quatre mois à attendre que l’élection arrive enfin. Des semaines pendant lesquelles la répression sera de tous les instants avant peut-être une accalmie post-électorale.