Inde : pourquoi l’interdiction de la GPA est nocive

Par Édouard H.

 

L’Inde était devenue une des grandes destinations mondiales pour la GPA commerciale, étant donné son caractère légal. La pratique étant prohibée dans la plupart des pays du monde, des milliers de couples infertiles s’y rendaient chaque année pour obtenir un enfant tant désiré.

Cette situation est pourtant sur le point de changer : l’État indien cherche en effet à restreindre cette pratique. La législation visant à empêcher des étrangers de souscrire à des services de GPA en Inde est encore débattue au parlement, mais dès octobre 2015 les ambassades indiennes ont cessé de fournir des visas médicaux qui permettaient aux couples étrangers d’entrer dans le pays en vue de recruter une gestatrice. L’Indian Council of Medical Research a aussi interdit aux cliniques d’offrir des services de GPA aux étrangers.

Une des principales raisons invoquées est celle de l’exploitation : des couples riches venant de pays développés viendraient exploiter de pauvres femmes du tiers monde afin de satisfaire leurs désirs d’avoir des enfants. On retrouve ici les théories marxistes habituelles : si une transaction a lieu entre un couple riche et une gestatrice pauvre, c’est que cette dernière s’est nécessairement faite exploiter. On sait mieux que la gestatrice ce qui est bon pour elle : d’après les anti-GPA, sa condition serait meilleure si seulement on lui retirait la possibilité de fournir ce service à des couples contre rémunération.

Pourtant les femmes indiennes qui portent des enfants de couples étrangers contre rémunération ne sont pas forcées à le faire : on ne met pas d’arme contre leur tempe pour les forcer à porter pour autrui. Si elles choisissent de le faire, c’est que cela améliore leur condition. Avec une rémunération généralement entre 4000 et 6000$ équivalente à plusieurs années de salaire, la GPA est un moyen pour ces femmes de sortir de la pauvreté, d’offrir une éducation à leurs enfants. À l’annonce du refus de l’Indian Council of Medical Research de fournir des visas médicaux, une centaine de femmes vinrent manifester devant leurs locaux. « La GPA c’est notre gagne-pain », raconte une des manifestantes. « C’est la seule opportunité que nous avons pour sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Si c’est interdit, tout sera détruit ».

Dans un reportage de France 24, une gestatrice raconte elle aussi qu’elle trouve la situation injuste : « Ce sont les gens comme nous qui sont les plus affectés, les étrangers ont les moyens de payer davantage, ils nous permettent de mieux gagner notre vie, cette décision est mauvaise ». Plus tard dans ce reportage la directrice d’une clinique raconte qu’elle doit maintenant quotidiennement refuser les services de femmes indiennes.

L’interdiction de la GPA pour les couples étrangers en Inde est donc nocive pour les couples infertiles qui souhaiteraient avoir un enfant génétiquement lié à eux de cette manière. Mais elle l’est aussi pour les femmes pauvres qui fournissaient auparavant ce service. Celles-ci, très souvent illettrées, devront retourner à une situation de pauvreté et d’immense précarité, privées de cette opportunité que constituait la GPA. Une nouvelle fois, un État intervient et empêche une relation spontanée et volontaire entre 2 parties, et de ce fait leur nuit.

Tout cela étant dit, il ne s’agit aucunement de dire que l’état du marché de la GPA en Inde était idéal. Comme beaucoup le font remarquer, les conditions sanitaires étaient parfois mauvaises et il arrivait que les gestatrices soient peu informées des risques. Mais face à cette situation, l’interdiction est-elle réellement la meilleure solution ? Il s’agit ici d’une nouvelle manifestation de ce que j’appelais le toc prohibitionniste dans un précédent article. Plutôt que de s’attaquer précisément aux points précis qui nécessitent des améliorations, on préfère interdire entièrement.

Plutôt que de tenter de promouvoir de meilleures conditions sanitaires et une meilleure information, on interdit, risquant la création d’un marché noir où ces conditions seront encore dégradées. Plutôt que de favoriser un marché libre où les femmes indiennes auraient un panel plus grand de solutions leurs permettant de sortir de la pauvreté, on prétend savoir mieux qu’elles ce qui est bon pour elles et on leur retire le choix possible d’une pratique rémunérée qui leur laissait entrevoir un avenir meilleur.

La GPA n’est pas un retour à l’esclavage mais un service qui permet à des couples infertiles d’avoir des enfants génétiquement liés à eux, sans nuire à personne. Lorsque l’État restreint ce service il nuit aux personnes impliquées, en Inde comme ailleurs.

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