Le grand bluff chinois, de Thierry Wolton

Par Johan Rivalland

Alors que partout on ne parlait que du « miracle » chinois, pour lequel on ne tarissait pas d’éloges, Thierry Wolton, en spécialiste aguerri du communisme, nous mettait en garde, dans cet essai sorti en 2007, contre les dangereuses illusions que la grande puissance historique recèle.

Une économie aux mains d’une poignée de familles

Sous les habits neufs d’un pays apparemment converti au capitalisme se dissimule un empire aux mains d’une poignée de familles de purs communistes, qui contrôlent tout, mais manient la propagande avec un art digne des meilleures techniques du marketing, en ayant su tirer les leçons de la chute de l’Union soviétique, écrit Thierry Wolton.

Loin d’être un pays démocratique et moderne où un vent de liberté soufflerait, double discours, mensonge et corruption règnent en maîtres de la part de dirigeants formant une véritable nomenklatura quasi héréditaire et s’affirmant clairement du communisme tout en étant pour beaucoup formés dans les bonnes Universités américaines.

Et ce sont les faits qui parlent. L’auteur ne se base que sur des réalités, statistiques et discours avérés des dirigeants chinois eux-mêmes pour étayer ses arguments.

Faut-il ainsi rappeler que les libertés fondamentales (d’existence, d’expression, de déplacement, de la presse, d’être assisté par un avocat lors d’un procès…) ou même la liberté syndicale, par exemple, y sont résolument bafouées ?

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Parle-t-on assez des milliers de condamnés à mort exécutés chaque année et du trafic d’organes auquel il a donné lieu de manière éhontée, les exécutions et prélèvements à vif étant effectués en fonction de la demande, en faisant le premier pays fournisseur d’organes pour les greffes ? Sans compter la torture, le Tibet et tant d’autres sujets sur lesquels on ferme si facilement les yeux…

Déjà, des doutes sur la réalité des chiffres de la croissance

Chine Bluff chinois rené le honzecSur le plan économique aussi les exagérations sont légion. La croissance économique chinoise n’est peut-être pas aussi impressionnante qu’on veut bien le croire, écrit alors Thierry Wolton. Et, comme d’accoutumée, dans la pure tradition des régimes communistes, les occidentaux s’extasient sur place sur les usines, constructions et autres réussites qui servent de vitrine et ce qu’ils veulent bien voir, jouant ainsi encore une fois le rôle « d’idiots utiles » naguère chers à Lénine. Sans se préoccuper de la réalité de la vétusté de la plupart des exploitations ni des conditions de vie ou de travail extrêmement précaires de l’immense majorité de la population.

Et que dire du marché de dupes dont ont souvent été victimes les grandes sociétés européennes et américaines, qui sont rarement sorties gagnantes de l’expérience chinoise ? De fait, les entreprises les plus importantes du pays restent, comme le démontre l’auteur, « sous une forme ou sous une autre, toutes propriété d’État », avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer en termes de mauvaise gestion et de choix stratégiques à courte vue, ce qui ne semble pas très engageant pour l’avenir, et tranche radicalement avec ce qui a fait le succès du Japon, puis des dragons et tigres asiatiques ; pays dans lesquels le développement et l’enrichissement ont, par ailleurs, profité à tous et non, comme ici, seulement à une élite.

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Le bluff pacifique

Enfin, au-delà du bluff politique, économique, commercial et social, vient ce que Thierry Wolton surnomme le bluff pacifique.

S’appuyant sur le poids de l’héritage historique, le ressentiment des Chinois à l’égard des Occidentaux et leur puissant nationalisme, exacerbé par une propagande soutenue, il montre ce qui se cache derrière les discours pacifiques des dirigeants et les menaces qu’ils dissimulent.

Hostiles à la démocratie, les Chinois rêvent d’imposer leur hégémonie, d`abord en Asie du Sud-Est, puis sans doute au-delà, comme de multiples signes semblent en témoigner.

Pour conclure, Thierry Wolton dresse un panorama assez inquiétant de la situation de ce « dragon de papier », autour duquel les nuages s’accumulent. Démographie, écologie, endettement, sous-qualification, système éducatif… nombreuses sont les sources d’inquiétudes qui rendent la situation pas aussi positive qu’on a tous envie de la voir.

Cet ouvrage, qui n’a pas perdu de son acuité, permet d’ouvrir les yeux et nous mettre en garde sur des réalités qui risquent de nous échapper une nouvelle fois. Le communisme est capable de s’adapter et de se déguiser pour mieux nous tromper de nouveau. Il faut se garder des excès d’enthousiasme et adopter une attitude beaucoup plus pragmatique, de manière à construire un avenir mieux assis. Voilà le message qu’entendait nous transmettre le brillant essayiste.

Un ouvrage à lire en complément d’autres essais plus récents et tout aussi instructifs.

  • Thierry Wolton, Le grand bluff chinois, Robert Laffont, avril 2007, 182 pages.

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