Devez-vous avoir peur de l’automatisation ?

Par Vladimir Vodarevski.

 

L’automatisation apparaît de manière surprenante comme le grand danger du 21ème siècle. Le conseil national du numérique écrit ainsi :

«S’il est impossible de prédire l’avenir de l’emploi face à l’automatisation, les acteurs publics doivent anticiper l’éventualité d’un chômage structurel persistant et d’une montée des inégalités du fait de l’automatisation.»

J’ai aussi vu passer dans le quotidien Les Échos un éditorial sur l’automatisation. Serait-ce donc le grand danger du siècle ? Grâce au progrès de l’informatique, les humains deviendront-ils inutiles ?

L’automatisation, danger ou opportunité ?

Pour quiconque connaît vaguement l’histoire économique, cette peur de l’automatisation paraît sans aucun fondement.

L’automatisation conquiert aujourd’hui de nouveaux territoires grâce à l’informatique. Ainsi, des articles d’informations peuvent être écrit par des robots informatiques. La recherche sur internet est depuis longtemps automatique, sans intervention humaine. Ces progrès de l’informatique, qui tendent vers l’intelligence artificielle, permettent à certains de cultiver la crainte d’un remplacement de l’être humain par la machine. Le Conseil National du Numérique y voit un danger pour l’emploi, allant jusqu’à prôner un revenu universel pour remédier à la vague de chômage et de déclassement qu’une telle évolution ne peut manquer de produire.

Cette peur de l’automatisation est aussi ancienne que cette dernière. C’est la peur de l’évolution, du progrès. Les corporations protégeaient de l’évolution. Je me souviens d’un passage du roman de Gilbert Cesbron, Notre prison est un royaume, qui décrit la visite de lycéens dans une usine Citroën (qui a longtemps été installée quai de Javel à Paris). Il y est question d’une nouvelle presse qui permet de remplacer un certain nombre d’ouvriers. Un lycéen s’inquiète du sort de ceux-ci, qui paraît bien sombre. Je me souviens d’un cours d’histoire-géo au collège, où nous devions débattre des dangers de l’automatisation.

Pourtant, les conséquences de l’automatisation au cours de l’histoire sont claires et évidentes : croissance et emploi. Nous vivons depuis la révolution industrielle une automatisation de l’économie, et cela nous a permis la croissance et l’emploi, ainsi qu’un niveau de vie tel que nos ancêtres ne pouvaient l’imaginer. C’est un fait. C’est la réalité. Ce n’est pas une théorie. La théorie n’est venue qu’après, pour comprendre ce fait évident et avéré.

L’automatisation, et le progrès technique en général, agit de deux manières. La baisse des coûts engendrés par l’automatisation développe le marché, et donc la croissance, et donc l’emploi et les revenus. La révolution industrielle a ainsi provoqué une grosse baisse des prix, qui a développé la consommation, et permis un développement économique et social sans précédent. (On remarque au passage que c’est la baisse des prix qui a engendré la croissance, contrairement à la théorie keynésienne qui prétend qu’il faut que les prix augmentent.) L’automatisation, en baissant les coûts, ouvre également de nouveaux débouchés économiques. Prenons l’exemple des télécoms. Il n’y a pas si longtemps, les communications passaient par un opérateur humain. Aujourd’hui, tout est automatisé. Même la vente d’abonnement et de services, qui se fait largement via les sites internet des fournisseurs. Cette automatisation a provoqué une baisse des coûts, le développement de l’accès à l’internet et à l’internet mobile, et toute une nouvelle industrie de biens et services. Et justement dans le domaine qui concerne le Conseil National du Numérique, qui craint tant l’automatisation.

On peut noter que le progrès technique, dont fait partie l’automatisation, ne crée pas que des emplois qualifiés. Par exemple, Amazon, entreprise emblématique de l’ère numérique, qui automatise l’acte d’achat, embauche des manutentionnaires et des employés pour confectionner les colis des internautes. Une enquête d’Accenture publiée sur consultancy.uk montre que la création d’emplois qualifiés arrive en tête au Royaume Uni, mais qu’ensuite viennent des emplois dans le stockage, la manutention, la restauration, accessibles à plus de monde.

Les économistes expliquent ces créations d’emplois par la hausse de la productivité. Celle-ci permet la baisse des prix d’un produit, et la hausse de sa consommation. Elle permet aussi une hausse du pouvoir d’achat qui se reporte sur d’autres produits. Par exemple, la baisse des prix des produits alimentaires a permis l’explosion du secteur des loisirs.

Ou encore, on fait appel à Joseph Alois Schumpeter, et sa théorie de la destruction créatrice. L’innovation est selon cette théorie la mise en œuvre d’une nouvelle technique, un nouveau produit, ou un nouveau débouché pour un produit existant. L’automatisation s’inscrit donc dans la mise en œuvre d’une nouvelle technique. Les innovations lancent un nouveau cycle économique, en remplaçant d’anciennes techniques, d’anciens produits. Les innovations sont mises en œuvre par les entrepreneurs, et tirent la croissance économique.

Ainsi, il n’y a pas de raisons de craindre l’automatisation. C’est l’histoire économique qui le prouve. Là n’est pas le problème pour l’emploi. Au contraire, elle fait partie d’un flux d’innovations à même de provoquer des créations d’emplois, toutes sortes d’emplois, même peu qualifiés. Mais, pour qu’un pays en profite, il faut qu’il soit favorable à l’évolution, que les lois n’entravent pas le développement des nouvelles entreprises, leur financement. Qu’il ne protège pas la vieille économie. La France se cherche un peu des excuses pour expliquer avec fatalisme le chômage, pour éviter de remettre en cause le jusqu’au boutisme keynéso-socialiste qui bloque le pays, et refuser les réformes qui créeraient de l’emploi.

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