L’Union européenne s’est donnée un délai de dix jours pour finaliser un nouvel accord avec Ankara visant à stopper l’afflux de migrants vers l’Europe. Le sommet entre les dirigeants des 28 et la Turquie, achevé dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 mars à l’issue de discussions laborieuses, a donc abouti sur la promesse de nouvelles tractations, avec en point de mire un nouveau rendez-vous le 17 mars à Bruxelles.

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Le gouvernement turc a créé la surprise en mettant sur la table une série de propositions − fortement suggérées par l’Allemagne et la Commission européenne −, mais aussi une liste d’exigences, face à des Européens en quête désespérée d’une solution à la crise qui touche actuellement le Vieux continent.

En position de force, Ankara a fait monter les enchères, réclamant trois milliards d’euros d’aide supplémentaire contre l’engagement d’accepter un retour massif des individus ayant rejoint l’UE depuis son territoire. Selon des sources concordantes, le pays serait même désormais prêt à accueillir les demandeurs d’asile syriens qui ont entrepris la périlleuse traversée de la mer Egée vers la Grèce.

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Cet engagement s’ajouterait à celui d’accélérer la mise en œuvre d’un accord de réadmission, qui prévoyait qu’il reprenne à partir de juin les migrants « économiques », pour les expulser à son tour vers leurs Etat d’origine. Les Européens devraient de leur côté accueillir dans l’UE un réfugié venant de Turquie, par des voies légales et organisées, pour chaque personne reconduite sur le territoire turc.

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Il s’agit d’une « percée », s’est félicité Martin Selmayr, le directeur de cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, sur le réseau social Twitter. Le chef de l’Etat français François Hollande a salué quant à lui « un acte très important [de la Turquie]. »

De « nombreux » points à clarifier

L’objectif de ces mesures, défendues par l’Allemagne, est de lancer un message à tous les personnes désireuses de se rendre en Europe : les migrants économiques seront renvoyés, et les demandeurs d’asile ont tout intérêt à déposer leur requête en Turquie pour espérer un transfert sans danger vers l’UE.

Au terme du sommet de ce lundi, « de nombreux points » restent cependant à clarifier, a confié une source diplomatique française. Selon celle-ci, se pose notamment la question de la légalité du dispositif et sur sa faisabilité. « Pourquoi [les] renvoyer en Turquie pour les reprendre ensuite ? », s’est ainsi interrogée une autre source diplomatique, assurant que plusieurs Etats se refusaient à « soutenir une proposition aussi floue ».

Le premier ministre hongrois Viktor Orban, déjà vent debout contre le plan de répartition dans l’UE de réfugiés arrivés en Grèce et en Italie, a clairement fait part de son opposition à tout accord impliquant des « réinstallations » massives depuis le territoire turc.

Il faut aussi examiner « le prix à payer », a souligné une source européenne. La Turquie réclame une enveloppe supplémentaire de trois milliards d’euros d’ici 2018, en plus des trois milliards déjà promis par Bruxelles pour favoriser l’accueil et l’intégration des 2,7 millions de réfugiés syriens sur son sol.

Ankara espère par ailleurs obtenir dès juin un régime sans visas pour ses ressortissants, qui devait s’ouvrir au plus tôt à l’automne, et démarrer rapidement des négociations sur de nouveaux chapitres d’adhésion à l’Union.

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Le cas de la route des Balkans

Les Turcs ont déjà scellé fin novembre un « plan d’action » avec les 28 pour stopper les migrants quittant par milliers la côte anatolienne à destination de la Grèce, en renforçant notamment la lutte contre les passeurs. Mais 15 000 à 20 000 personnes continuent d’arriver chaque semaine sur les côtes grecques. Si ce chiffre connaît une légère baisse en raison de l’hiver, les dirigeants européens craignent un nouvel afflux au printemps.

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Alors que les tractations avec les Turcs se compliquaient, une querelle a éclaté entre Européens autour de la situation sur la route migratoire des Balkans, empruntée l’an dernier par plus de 850 000 individus. La déclaration finale du sommet devait mentionner que celle-ci « est désormais fermée », mais certains pays comme l’Allemagne ont fait part de leurs fortes réserves.

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« Il ne peut s’agir de fermer quoi que ce soit », a lancé la chancelière Angela Merkel. Berlin craint en effet de donner le sentiment d’entériner les décisions unilatérales de certains pays situés sur cette dernière, comme l’Autriche, qui ont instauré des quotas de demandes d’asile et de « transit » de migrants, isolant ainsi la Grèce.

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De manière plus consensuelle, les dirigeants européens devaient s’engager à débloquer rapidement une aide humanitaire inédite de 700 millions d’euros sur trois ans pour les pays en première ligne dans cette crise, principalement la Grèce.

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