L’école professorale de Paris vient de voir le jour. Cet établissement privé entend « contribuer à recréer les conditions d’existence d’un enseignement secondaire d’excellence en France ». Contrepoints a interrogé son directeur le philosophe Philippe Nemo, qui s’est impliqué dans ce projet inédit en France. Philippe Nemo est ancien élève de l’école normale supérieure de Saint-Cloud, et Docteur d’État ès Lettres et Sciences humaines. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages et président de la Fondation Lettres et sciences.

Contrepoints : Pourquoi lancer une école de formation des enseignants aujourd’hui ? Est-ce une manière de répondre à la crise éducative d’aujourd’hui ?

Philippe Nemo : Si l’on veut faire œuvre utile en matière d’éducation, il faut commencer par le commencement, c’est-à-dire la formation des professeurs. C’est d’ailleurs l’idée qui commanda la création de l’École normale supérieure en 1795 après la fin de la Terreur. Il n’y avait plus eu d’enseignement digne de ce nom en France pendant des années. Il s’agissait de rebâtir des écoles, et Lakanal se rendit compte que, le pays n’ayant plus de professeurs disponibles, la tâche la plus urgente était d’en former. La crise actuelle de l’enseignement n’est pas sans analogie avec la situation d’alors. Les professeurs d’aujourd’hui, qui ont été instruits par une école qui était déjà dégradée quand ils y étaient élèves, n’ont pas tous le niveau requis, et il y a donc un problème sérieux de transmission de la culture. D’autre part, trop de formations actuelles mettent l’accent presque uniquement sur la formation pédagogique des étudiants qui aspirent à l’enseignement, au détriment de leur formation académique. Il est permis de n’être pas d’accord et de proposer un autre modèle. Et puis nous avons une autre motivation toute simple de nous lancer : après avoir gémi des années sur la déconstruction de notre Éducation nationale, nous nous sommes dit qu’il valait mieux essayer de construire, du moins à l’échelle de ce que peut faire une initiative privée.

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Quels seront les débouchés pour les élèves qui suivront les cours de l’École professorale de Paris ?

Ils deviendront professeurs dans le public, le privé sous contrat et le privé hors contrat. Aucun débouché ne leur est fermé. Naturellement, s’ils veulent avoir un poste statutaire dans les deux premiers types d’établissement, ils devront passer les concours d’État de recrutement de professeurs, CAPES, CAPEF-CAPES ou agrégation. Nous les y préparerons. L’École est également ouverte à des jeunes qui, sans être d’ores et déjà certains de vouloir devenir enseignants, souhaitent acquérir une formation littéraire ou scientifique de haut niveau. Pour eux, l’éventail des débouchés possibles est donc très large.

Le privé peut-il être la solution aux problèmes rencontrés par l’Éducation nationale, notamment la baisse de niveau ?

Il est évident que des initiatives privées ne peuvent à elles seules redresser la situation nationale, et en ce qui nous concerne nous n’avons évidemment pas une telle prétention. Mais des initiatives privées peuvent au moins, par leur simple existence, prouver que d’autres options éducatives sont possibles. La liberté scolaire existe en France, il est légitime d’en user dans cet esprit. Si ces initiatives se révèlent fécondes et convainquent une fraction significative de l’opinion, peut-être nos hommes politiques daigneront-ils s’y référer et accomplir dans l’Éducation nationale les réformes de bon sens qui s’imposent. Mais, en ce qui nous concerne, notre seule ambition est d’accomplir sérieusement notre tâche au profit des étudiants et des écoles qui nous feront confiance.



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