Les yeux tournés vers le tableau d’affichage, Florent Manaudou a la mine bougonne, à la mesure de sa déception. En finissant, vendredi 1er avril au soir, aux deux premières places du 100 m nage libre, temps fort des Championnats de France qui s’achèvent dimanche à Montpellier, Jérémy Stravius (47 s 97) et Clément Mignon (48 s 01) viennent de le priver d’une participation à la distance reine lors des Jeux de Rio (5-21 août). Les minima étant fixés à 48 s 13, le verdict est sans appel : Stravius et Mignon ont directement validé leur billet pour la grand-messe olympique, au détriment de Manaudou, troisième (48 s 10).

La désillusion est d’autant plus grande que sur la distance, avant Montpellier, seul le Marseillais avait réalisé le chrono minimum, signant, au début de mars, la deuxième meilleure performance mondiale de l’année. A Rio, le nageur devra se contenter du relais et, sauf surprise, du 50 m nage libre, qu’il disputera ce week-end. « Je voulais réussir à me qualifier sur les deux distances, mais quand je vois que je nage 48 s 10 alors qu’il faudra 47 s 2, 47 s 3 pour le titre aux JO, je n’ai pas de regrets, a déclaré le nageur à l’issue de la course. Je suis qualifié pour le 4 × 100 m des Jeux et il me reste le 50 mètres nage libre, je vais essayer de conserver mon titre », a ajouté le champion olympique en titre de la distance.

Stravius, homme fort des championnats

Au sein du Cercle des nageurs de Marseille, qui alignait lors de cette finale cinq nageurs sur huit, la surprise est venue de Clément Mignon, déjà auteur, vendredi matin, du meilleur chrono des séries (48’’49). Le nageur de 23 ans, qui s’était distingué aux Mondiaux de Kazan en août 2015 pour un faux départ aussi rarissime que cocasse (jugez-en plutôt), disputera à Rio ses premiers Jeux olympiques.

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A l’issue d’un sprint épatant, Stravius, déjà vainqueur du 200 m nage libre mercredi, conserve son titre de champion de France sur 100 m, acquis déjà à la surprise générale en 2015. « Je ne pensais pas pouvoir atteindre ce niveau-là cet après-midi, ce matin j’étais un peu en dehors de ma course, a réagi l’Amiénois en sortant du bassin. Il fallait partir vite. Je savais que mon point fort était le deuxième 50, je voyais que je remontais sur Flo [Manaudou] et ça m’a mis en confiance ».

Stravius, qui avait échoué en 2012 à se qualifier en individuel, est en passe de réussir le pari qu’il s’est lancé en septembre : délaisser sa nage de prédilection, le dos, pour se consacrer uniquement au crawl. « Me qualifier aux Jeux, c’était la première étape. J’espère aller au bout. Ce serait sensationnel », a-t-il confié à l’issue du podium. Pour faire monter la tension, quelques minutes avant la finale du sprint, le public de la piscine d’Antigone avait eu droit à un défilé des médaillés olympiques, de « Kiki » Caron à Roxana Maracineanu en passant par Malia Metella, Hugues Duboscq, Alain Bernard et Amaury Leveaux. Seule absente notable : Laure Manaudou.

Agnel, la retraite après Rio ?

De son côté, Yannick Agnel, qualifié in extremis pour la finale, n’a jamais pu rivaliser vendredi soir (7e en 49 s 14). Après les séries du matin, il est revenu sur le 200 m rocambolesque de mercredi soir. « Ça va, je tiens la barre, je garde la tête haute », a fait savoir le Mulhousien d’adoption, qui attend désormais de connaître le verdict de la Fédération. « Je me soumettrai à leur décision, promet-il. Je crois que c’est mercredi [6 avril] la liste. Si la décision de la Fédération est irrémédiable, je m’alignerai sur le 4×200, et je le ferai avec grand plaisir, avec fierté et avec ferveur. »

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A l’issue du 100 m, vendredi, Agnel a laissé entendre qu’il prendrait sa retraite au lendemain des Jeux de Rio : « Je suis passé par des moments pas forcément faciles toutes ces dernières années, je suis déjà content de pouvoir prétendre à une qualification pour Rio et peut-être aussi de défendre mon titre [sur 200m]. Je suis à la fois triste, car c’est difficile de ne plus réaliser les mêmes chronos qu’avant avec une telle aisance et en même temps, je crois qu’il faut dix fois plus de courage pour venir derrière le plot. C’est probablement ma der’, mais je ne vais pas faire l’annonce là… »

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Déjà secoués par l’« Agnelgate », ces Championnats de France qualificatifs pour Rio virent légèrement au fiasco. La faute aux minima imposés par la Fédération française de natation (FFN), qui, au fur et à mesure des courses, se révèlent pratiquement hors de portée des nageuses et nageurs. Le constat est simple : depuis mardi, seules deux nageuses ont validé directement leur ticket pour Rio : Coralie Balmy, en réalisant le temps de référence sur 400 m nage libre, et Charlotte Bonnet, sur 200 m nage libre. Chez les hommes, seuls Stravius et Mignon les ont réalisés sur 100 m nage libre.

Mais, à en croire les critères sélectifs précisés par la FFN, « le directeur technique national se réserve la possibilité de majorer ou de minorer une sélection au regard du projet du nageur ». Le suspense des sélections olympiques est donc loin de prendre fin.

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