Par Alexis Vintray.

Cerises (Crédits bitonio, licence CC-BY 2.0)

La dernière réglementation environnementale va-t-elle vous priver de manger des cerises cet été ? C’est le futur qui semble se dessiner depuis la décision de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a interdit au 1er février 2016 l’utilisation du diméthoate comme insecticide.

Ce produit était encore utilisé par les agriculteurs pour protéger les cerisiers face à la drosophile suzukii. Les cerises se retrouvent donc désormais sans défense face à ce moucheron arrivé en France vers 2010 et qui s’attaque aux fruits murs ou en train d’arriver à maturité. Se reproduisant extrêmement rapidement, ce moucheron peut anéantir un moucheron extrêmement rapidement.

L’Anses argumente sa décision en pointant des « risques inacceptables » pour le consommateur et les cultivateurs ainsi que pour les oiseaux et les mammifères.

Seul hic, cette décision occulte le fait qu’il n’y a à ce stade aucune alternative sérieuse pour protéger les cerisiers de ce parasite. Selon la communication de la Confédération Paysanne, d’autres insecticides existent, comme les spinosynes ou le cyantraniliprole, mais « sont 8 à 10 fois plus chers que le diméthoate et peu efficaces étant donné la rapidité de reproduction du moucheron ». Et les filets anti-insectes qui pourraient servir de parade coûtent bien trop cher : 20 000 à 30 000 euros/hectare.

La Coordination Rurale est plus virulente encore, et écrit dans un autre communiqué : « La CR estime inadmissible l’imposture du ministère de l’Agriculture, laissant croire à la société civile que les producteurs ont des alternatives, alors qu’elles n’existent pas. Le syndicat demande l’application de l’article 53 du Règlement (CE) 1107/2009, qui permet à tout État membre de délivrer une autorisation de mise sur le marché pour un usage dès lors qu’il n’y a pas d’alternative et qu’il s’agit d’un enjeu fondamental pour la filière. »

A LIRE  "Digne", "moderne", "inédit"… les hommages des membres du gouvernement à Hollande

Au point que les agriculteurs sonnent l’alerte face à cette décision, comme François Soubeyran de la FDSEA Ardèche cité par le journal Le Point :

Nous risquons de faire faillite. L’État a accordé à mon fils le droit de s’installer mais ne lui donne pas les moyens pour lutter contre la drosophile suzukii

Il n’y a probablement pas de solution simple, l’insecticide interdit ayant des inconvénients certains. Mais on ne peut que s’interroger sur le processus de décision réglementaire qui semble mépriser les réalités économiques et la survie financière des agriculteurs. En effet, le même insecticide est par exemple autorisé à l’intérieur même de l’Europe, comme en Espagne, ou en dehors, en Turquie, exportateur de cerises en France… Le coût estimé par la coordination rurale de l’interdiction de l’insecticide en France est d’au moins 20 millions € sur la base d’une précédente crise en 2013.



Article orginal