Retour à la case départ. Trois jours après la fin des discussions entre Orange et Bouygues Telecom, qui prévoyaient le rachat du deuxième par le premier, les quatre opérateurs télécoms vont reprendre leur vie d’avant. SFR et Free, qui devaient récupérer une partie des actifs de Bouygues Telecom, devaient également profiter de l’opération. Lundi 4 avril, Martin Bouygues est revenu dans Le Figaro sur les raisons de cet échec. « Nous étions quatre à la table des négociations, mais seulement trois à vouloir aboutir », a lancé le patron du géant du BTP, désignant sans le nommer le fondateur de Free, Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du Monde). Même si l’opération a connu d’autres obstacles, comme les conditions imposées par l’Etat, détenteur de 23 % du capital d’Orange, Martin Bouygues voue à Xavier Niel une haine tenace depuis de nombreuses années.

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A Paris, après avoir beaucoup progressé dans la perspective de la consolidation, les cours de Bourse des opérateurs s’effondraient lundi matin : Orange perdait 5,80 %, SFR 12,64 %, Bouygues 15,74 % et Iliad 12,91 %.

Les quatre opérateurs, qui faisaient part de leurs difficultés à survivre dans un marché aussi étroit, peuvent-ils continuer de la sorte ? S’il est vrai que l’industrie a connu depuis l’arrivée de Free dans le mobile en 2012 d’importantes difficultés, la situation s’est nettement redressée. « Orange a fait une bonne année, SFR dispose d’une manne financière, et Free a une stratégie qui marche depuis cinq ans. L’échec de cette fusion est une perte pour eux mais ce n’est pas trop grave, note Dexter Thillien, analyste chez BMI Research. Bouygues Telecom en revanche est plus en difficulté, cette situation à quatre le met sous pression. » Bouygues Telecom a quand même réussi à redresser ses marges l’an passé. Ce qui fait dire à Martin Bouygues dans Le Figaro, que cette opération « n’était pas vitale ».

Investissement La France rattrapera-t-elle son retard dans le très haut débit, tel que constaté par la Commission européenne ? « Un marché à quatre fait porter des risques en termes d’emploi et d’investissement sur l’ensemble du secteur », affirmait au Monde Ramon Fernandez, directeur général d’Orange le 16 février. Pourtant, l’an passé, les quatre opérateurs ont investi 6,75 milliards d’euros dans les infrastructures, « un niveau suffisant pour entretenir l’existant et investir dans les nouveaux réseaux », estime un expert qui défend un marché à quatre opérateurs.

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Si la France est en retard, c’est en raison de la structure particulière de ses infrastructures, qui a obligé les opérateurs à repartir de zéro. « La France n’a pas beaucoup de câble, et la conception même de son réseau téléphonique fait qu’elle est performante en haut débit (ADSL), mais qu’elle a besoin de déployer de la fibre pour passer au très haut débit », explique Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, le gendarme des télécoms.

Même Martin Bouygues estime
que la situation n’est plus tenable

Parti loin devant ses concurrents, Orange détient aujourd’hui 65 % des 1,4 million d’abonnés fibre en France. Alors que SFR mise essentiellement sur son réseau câblé, l’Arcep va aider Bouygues Telecom et Free à accélérer sur le sujet. « Nous allons lancer le chantier de la régulation d’Orange sur le fixe, notamment de la fibre », dit le président de l’Arcep. De fait, contrairement à son réseau cuivre classique, le réseau fibre de l’opérateur historique est très peu régulé. Ses concurrents demandent donc à pouvoir y accéder.

Les prix C’est la grande inconnue : les opérateurs vont-ils mettre un terme à la guerre des prix ? « Pour que le marché fonctionne à quatre, il faut qu’ils arrêtent ces pratiques », dit le président de l’Arcep. Un constat partagé par Yves Gassot, le patron de l’Idate, un institut dédié aux télécoms et aux médias. « Paradoxalement, il peut y avoir un frein sur les promotions coûteuses de ces dernières semaines », dit l’expert. Même Martin Bouygues estime que la situation n’est plus tenable. « La logique voudrait que les prix finissent par remonter », dit le fondateur de l’opérateur, qui a pourtant multiplié les prix cassés dans l’Internet fixe.

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L’emploi Les opérateurs n’ont cessé de brandir le spectre d’un nouveau « bain de sang social », si la consolidation n’aboutissait pas. « En quatre ans, 15 000 emplois ont été détruits », a calculé Sébastien Crozier, le président de la CFE-CGC chez Orange, qui prédit de nouvelles purges. Chez SFR, la rumeur d’un nouveau plan de départs court depuis des mois. Yves Gassot aussi prévoit « de nouvelles mesures de réduction des coûts ». Tout en relativisant. « Dans cette industrie, les opérateurs peuvent compter sur des gains de productivité importants. »