Par la Rédaction de Contrepoints

Justice (Crédits Michael Coghlan (licence CC-BY-SA)

Un sondage IFOP pour Atlantico1 mené à la fin mars 2016 s’intéresse à l’avis des Français sur la législation antiterroriste. Il montre que les Français aspirent à une plus grande sévérité mais sont de moins en moins nombreux à être convaincus par certaines mesures proposées depuis les attentats.

Une aspiration générale à la sévérité

La première question porte sur le jugement de la sévérité des peines sur différents crimes ou délits. On y découvre qu’une écrasante majorité de Français souhaite une plus grande sévérité envers le terrorisme (91%), le grand banditisme (85%), le trafic de drogue (79%) et la petite délinquance (70%).

IFOP Altlantico Avril 2016 sévérité peines

Lorsque l’on s’intéresse aux résultats de la colonne « pas assez sévères » selon l’affinité politique, on retrouve le traditionnel clivage entre la droite et la gauche avec un souhait de sévérité de plus en plus important de l’extrême gauche à l’extrême droite. Néanmoins, même au Front de Gauche, une majorité de Français se prononce pour une plus grande sévérité, sauf pour la petite délinquance (48%).

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Enfin,l’évolution des résultats de la colonne « pas assez sévères » depuis 2004 montre, en l’absence d’évaluation du terrorisme dans les précédents sondages, que seuls le grand banditisme et la petite délinquance suscitent un sentiment croissant de manque de sévérité.

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Fiches S : après l’émotion, le retour de la raison ?

Par rapport aux lendemains des attentats de novembre 2015, la proportion de Français qui se prononcent en faveur d’une privation de liberté préventive des fichés S est en diminution.

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On retrouve le même clivage droite-gauche que pour la sévérité des peines avec une progressivité de l’extrême-gauche vers l’extrême-droite des personnes favorables à l’emprisonnement préventif des fichés S.

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Perpétuité réelle : une large adhésion

Concernant la perpétuité réelle pour les terroristes, c’est-à-dire une perpétuité sans aucune possibilité d’aménagement de peine même après 30 ans, une large majorité de Français y sont favorables (84%) avec la même progressivité de l’extrême droite à l’extrême gauche que celle observée pour les autres sujets.

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Une aspiration à plus de sévérité 

Sans surprise, c’est à droite que l’on souhaite être plus sévère avec les terroristes comme avec les autres criminels ou délinquants. Néanmoins, les valeurs atteintes pour la gauche sur la plupart des points restent élevées, si bien qu’elles sont très souvent majoritaires.

L’aspiration à plus de sévérité est donc très nette. Si le contexte explique une partie de cet état de fait, il n’en reste pas moins que les chiffres déjà élevés durant les dernières années soulignent une demande forte de la part des Français, avec une adhésion large dans le spectre politique. La colère et l’émotion suscitées par les attentats avaient rapidement conduit les Français à approuver l’emprisonnement des fichés S mais cette approbation diminue devant les impossibilités constitutionnelles et matérielles d’une telle entreprise. Quant à la perpétuité réelle, elle reçoit un fort soutien, témoignant d’une demande pour des peines exemplaires et peut-être d’une confiance limitée dans les critères d’accession aux demandes d’aménagements de peines. Ce dernier point n’est peut-être pas totalement dé-corrélé d’une demande qui semble forte et durable pour plus de sévérité en général…

  1. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 956 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 29 au 31 mars 2016.



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