Le roller hockey n’est pas vraiment, pour le dire gentiment, le sport le plus médiatique de France. Et que dire alors du championnat régional d’AlsaceLorraine-Franche-Comté, catégorie « loisirs », où des équipes mixtes s’adonnent dans les gymnases alentour à cette variante sur roulettes du hockey.

Les joueurs amateurs de Bar-le-Duc ont pourtant décidé de faire du bruit. Envie de gloriole ? Loin s’en faut. La pétition lancée sur Internet par les « Ducs de Bar », leur surnom, a plus de mérite. Il est question de se mobiliser pour éviter l’expulsion de leur coéquipier albanais, fidèle au poste de gardien, mais sans titre de séjour. En France depuis mai 2013, Renato Kuqali et sa femme font l’objet d’une obligation de quitter le territoire d’ici au lundi 11 avril.

Attaquante de l’équipe, Elodie Labat parle au nom de tous : « Quand Renato nous a prévenus, le mois dernier, on était carrément perdus, face à des procédures assez lourdes qu’on ne connaissait pas ; mais nous, petite équipe de roller hockey de Bar-le-Duc, on a voulu que ça se sache. » Deux semaines de mise en ligne et déjà plus de 800 signataires sur change.org, tous désireux de protester contre une situation vécue comme une « profonde injustice ». Le texte a de l’écho dans les médias régionaux. A terme, il a été prévu de l’adresser au préfet de la Meuse. Qui rappelle, par l’intermédiaire de son secrétaire général, que « la décision d’avoir refusé la demande d’asile de Renato Kuqali revenait à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Pas au préfet ».

Pour prouver « la grande volonté d’intégration » de leur partenaire, les sportifs ont bétonné sa défense. Attestation à l’appui, le Secours populaire de la Meuse assure que M. Kuqali, 33 ans, prête main-forte comme bénévole « depuis environ un an ». Il s’est « toujours montré très motivé par une insertion professionnelle durable sur le territoire », poursuit le Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles. D’où sa participation à « des ateliers de sensibilisation à la langue française », précise l’Association meusienne d’accueil des travailleurs migrants.

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« Il y a beaucoup de respect ici »

La tâche nécessite encore du temps. Toujours est-il que Renato Kuqali maîtrise déjà assez de rudiments pour répondre en français. L’homme dit avoir travaillé auparavant dans la pose de parquets ou comme « jardinier ». Il a quitté l’Albanie, « très stressé », pour fuir des « problèmes » avec sa belle-famille. « Je suis orthodoxe, et ma femme est musulmane », explique-t-il sans s’appesantir.

En avril 2014, à Bar-le-Duc, les Kuqali ont fêté la naissance d’une petite Emilija. La famille a désormais été relogée par les services sociaux une quinzaine de kilomètres plus loin, dans la commune de Ligny-en-Barrois. Mais pas question de louper un entraînement des Ducs, le lundi et le jeudi soir : « Tout le monde est gentil avec moi, il y a beaucoup de respect ici, constate l’intéressé. Avant, j’aimais le foot. Maintenant, je préfère le roller hockey. »

Ce curieux loisir, le trentenaire au bouc bien taillé l’a découvert il y a près de deux ans sur les conseils d’un ancien voisin membre de l’équipe, raconte Elodie Labat. « C’est une échappatoire qui lui permet de se construire une situation sociale, précise cette intermittente du spectacle. Le sport lui apporte de l’entraide, du soutien. Au sein de l’équipe, on lui prête des équipements, on finance sa licence, on reste en contact avec son avocat. Et certains, qui sont chefs d’entreprise, ont même essayé de lui trouver du travail. » Le risque juridique d’embaucher « une personne sans papiers » les en a pour l’instant dissuadés.