Par Gaspard Koenig.
Un article de GenerationLibre

Emmanuel Macron au forum de Davos en janvier 2016 (Crédits : World Economic Forum, CC-BY-NC-SA 2.0)

Depuis des années, on entend que les vieux partis politiques ne passeront pas l’hiver et que de nouveaux mouvements doivent se créer par-delà les clivages traditionnels. Et voilà qu’en quelques jours une conversation de salon s’est soudain transformée en réalité. Nuit debout a largement dépassé les ratiocinations de l’Unef contre feu la Loi travail pour devenir un creuset de délibération citoyenne. Emmanuel Macron a quitté le terrain des petites phrases dérangeantes pour lancer En marche, avec pour objectif assumé de déverrouiller « un pays sclérosé par les blocages ». Dans les deux cas, il est certain que les militants restent peu nombreux et ne brillent guère par leur diversité sociale ; un des initiateurs de Nuit debout, François Ruffin, le reconnaît d’ailleurs : « les occupants de la place de la République appartiennent grosso modo à la même classe que moi : la petite bourgeoisie intellectuelle ». Mais de la place de la République parisienne à Amiens, une formidable dynamique s’est enclenchée. L’anthropologue de renom et activiste anarchiste David Graeber, qui s’est glissé dans la foule de Nuit debout, n’hésite pas à parler de « monument révolutionnaire ».

Entre les précaires qui souhaitent réaliser la convergence des luttes et les startuppers qui veulent rassembler les réformateurs de droite et de gauche, il semble que la nouvelle génération d’étudiants et d’actifs ait envie d’en découdre pour de bon avec le système légué par ses aînés. Comme si se réalisait avec une petite année de retard la prophétie du sociologue Louis Chauvel, qui, dans son désormais classique Destin des générations, anticipait ainsi le backlash : « « À partir de 2015, les générations d’actifs peineront à comprendre le paradoxe du coût exorbitant des charges d’un État-providence, onéreux comme ceux des pays nordiques et en même temps aussi peu généreux à leur endroit que ceux des pays anglo-saxons. » Que l’on veuille socialiser l’emploi ou au contraire le libéraliser, le point de départ est le même : notre organisation sociale, obsolète, génère des rentes et des injustices dont le système politique actuel est complice.

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Premiers tâtonnements

Il serait facile de se moquer des premiers tâtonnements. Nuit debout fait défiler des orateurs on ne peut plus hétéroclites, comme ces taxis debout (sic) profitant de la tribune pour dénoncer les VTC… tandis qu’En marche affiche sur son site, en guise de message politique, un clip tout propret d’agence de com parisienne, où des mannequins déguisés en ouvriers regardent l’avenir avec des yeux éblouis (ne manque que la marque du yaourt à la fin). Mais qu’importe. À travers les rassemblements spontanés qui gagnent une soixantaine de villes, comme avec le porte-à-porte qu’Emmanuel Macron initie avec ses 13.000 premiers adhérents, la France se réveille.

Je me permets de soumettre au lecteur bienveillant trois hypothèses sur l’avenir de ces deux mouvements :

  • Première hypothèse (négative), ils retombent dans leurs travers respectifs : les uns renouant avec les vieux démons du collectivisme, les autres cédant aux sirènes du patronat conservateur.
  • Deuxième hypothèse (positive), ils restructurent durablement l’offre politique classique, comme en Espagne, où les Indignés ont fini par constituer Podemos, et où la société civile entrepreneuriale s’est regroupée derrière Ciudadanos. Ainsi l’éternel débat entre socialistes et libéraux en sortira-t-il au moins rajeuni, modernisé et clarifié
  • Troisième hypothèse (voeu pieux), ils finissent par se rejoindre. Sur TvDebout, on peut voir un jeune activiste défendant la « précarisation choisie » sur fond de revenu universel : n’est-ce pas ce que notre inspecteur des finances pourrait modéliser sous forme d’impôt négatif ? Les AG de Nuit debout discutent de la répudiation de la dette : n’est-ce pas ce que l’ex-banquier de Rothschild serait à même d’effectuer, en mettant en place une restructuration ordonnée du stock d’obligations françaises ? Ne pourrait-on s’accorder à dire qu’il faut repenser nos régulations sociales autour des nouvelles formes d’emploi au lieu de s’accrocher au CDI, ou que la dette levée pour financer les dépenses de fonctionnement des baby-boomeurs est illégitime ?
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Rêvons du jour où les marcheurs prendront la route de nuit, et où les noctambules se mettront à marcher droit !

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