Chercher outre-Manche la lumière des projecteurs, au moment même où François Hollande se préparait à ses « dialogues citoyens » télévisés, sans reconnaître ses propres ambitions présidentielles. Emmanuel Macron a peiné à résoudre cette quadrature du cercle, jeudi 14 avril, au cours de son passage à Londres. Dans la salle aux dimensions colossales où le Financial Times l’avait invité en conclusion d’une journée sur « l’avenir de l’Europe », le ministre de l’économie a affirmé qu’être candidat à la présidentielle n’était « aujourd’hui (…) pas [s] a priorité ». Pourtant, tout semblait suggérer le contraire : le timing de sa virée anglaise et son insistance à faire part de son point de vue sur de larges sujets, du système politique français au Brexit, en passant par ses convictions libérales : « La liberté est le meilleur moyen de parvenir à la justice»

S’exprimant dans un anglais « fluent » devant un parterre de responsables économiques et d’experts britanniques de l’Europe, le ministre a défendu l’« approche pragmatique » du gouvernement français en matière économique et sociale, consistant selon lui à ne mettre en œuvre que « 60 % à 70 % » des réformes envisagées suite aux mouvements de contestation. « C’est toujours compliqué de lancer des réformes à un an d’une présidentielle », a-t-il persiflé, surtout lorsque lesdites réformes « ne faisaient pas partie du programme » sur lequel vous avez été élu et qu’il y a « beaucoup de tensions sociales causées par la situation économique ».

« Une bêtise »

Pourtant, les journalistes qui se laissent aller à imaginer que le mouvement « En Marche », lancé par M. Macron pourrait lui servir de rampe de lancement, ont été tancés. « Vous ne vous intéressez qu’aux questions de personnes. L’état du pays ne vous intéresse plus », a-t-il lâché devant une forêt de micros. A propos de la couverture de Paris Match intitulée « Brigitte et Emmanuel Macron ensemble sur la route du pouvoir » agrémentée d’un entretien avec son épouse et des photos de leur « album intime », il a élégamment déclaré : « Ma femme a fait une bêtise. » Avant de préciser : « On l’a faite ensemble. » « Elle ne connaît pas le système médiatique, elle le regrette d’ailleurs profondément, a-t-il ajouté. Je ne laisserai personne m’embêter là-dessus. »

Auparavant, le ministre avait fait part à l’auditoire de ses convictions européennes et de sa crainte d’un affaiblissement du Royaume-Uni en cas de Brexit. Ce sera le sujet essentiel de son interview au « Andrew Marr show », émission politique vedette de BBC television, qui sera diffusée dimanche. Dimanche dernier, son meneur de jeu avait présenté M. Macron en ces termes : « Un homme que beaucoup en France veulent voir président. »

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