Par Claude Perrin.

L’« effet cascade » : nouvelle stratégie contre le VIH/Sida à New York

Depuis 1980, date de la découverte du mystérieux virus de l’immuno-déficience humaine (VIH), appelé à l’époque le LAV (« lymphadenopathy associated virus »), le Sida (syndrome de l’immuno-déficience acquise) a ravagé la planète avec des dizaines de millions de décès. Cette maladie est l’une des plus graves dans l’histoire de l’humanité : en 33 ans de VIH, plus de 35 millions de morts. A New York, le gouverneur de l’État a décidé de mettre en place une stratégie de choc pour éradiquer la maladie.

« Nous nous sommes retrouvés à l’épicentre de la crise du sida, il y a 30 ans », a déclaré Andrew Cuomo juste avant de se rendre au défilé de la fierté LGBT de New York. « Il me paraît donc tout à fait approprié que nous nous montrions également les plus agressifs pour éradiquer la maladie ». Le but est d’identifier, de mettre sous traitement antirétroviral et de veiller à la prise des médicaments de 80 % au moins des personnes atteintes du Sida. Une technique qui a permis à l’État de New York de faire passer les nouvelles infections de 14 000 en 1993 à 3 000 en 2014. Mais il veut aller plus loin. Le but est de réduire ce nombre à 750 d’ici à 2020 grâce à un « effet cascade ».

Progrès scientifiques et information

Malgré des décennies d’avances d’immunothérapie, ce sont ces dernières années qui ont fait naître le plus d’espoir de voir un jour l’épidémie du VIH totalement endiguée. Plusieurs stratégies nouvelles sont lancées : éliminer la réplication résiduelle du VIH en intensifiant la trithérapie avec des antirétroviraux plus modernes et moins néfastes, éliminer les cellules réservoirs (les cellules latentes), rendre les cellules résistantes au VIH, favoriser des réponses immunitaires efficaces contre le VIH… Autant d’avancées technologiques qui resteront cependant veines si l’on ne réussit pas à dépister les personnes atteintes.

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A New York, un pilier fondamental de cette stratégie de l’effet cascade a été de réussir le dépistage. « Il va tout d’abord chercher à maximiser le nombre de personnes qui se font tester, sachant qu’environ 14 % des 154 000 séropositifs new-yorkais ignorent qu’ils sont porteurs du virus », détaille Tim Horn, de Treatment Action Group, un groupe de réflexion consacré à la lutte contre le sida. Une fois identifiés, ces patients devront nécessairement bénéficier d’une information et d’un suivi adéquat durant toute la prise du traitement. Or, la question devient beaucoup plus complexe lorsque l’on sort des grands centres urbains pour se retrouver dans des déserts médicaux ruraux où les offres de soin manquent et où les dispensaires se font rares.

Cuba : premier pays à éradiquer la transmission mère-enfant du VIH

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement déclaré Cuba premier pays au monde à avoir éradiqué la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Grâce à la prise d’antirétroviraux pendant la grossesse, on élimine presque entièrement le risque de transmission qui tombe à un peu plus de 1 % contre 15 à 45 % de risques sans traitement. Désormais, à Cuba, plus de 95 % des femmes enceintes atteintes du VIH reçoivent ces traitements. Surtout, 95 % d’entre elles bénéficient d’une consultation anténatale, ce qui permet de prévenir la transmission du sida mais aussi celle d’autres maladies, comme la syphilis. « Eliminer la transmission d’un virus est l’un des plus grands accomplissements en matière de santé publique », a déclaré la Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS.

« C’est une victoire majeure dans notre longue lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et les infections transmises sexuellement, ainsi qu’un pas important vers l’objectif d’une génération sans sida », a-t-elle ajouté. Sur les 1,4 million de femmes infectées par le VIH qui tombent enceintes chaque année dans le monde, la grande majorité se trouve dans des pays en développement et en Afrique subsaharienne en particulier.

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L’Afrique de l’Ouest particulièrement touchée

Malgré une amélioration généralisée due en grande partie à une mobilisation internationale plus soutenue ces dernières années, les disparités régionales restent énormes sur le continent africain. Selon le rapport de l’Unicef issu de la conférence internationale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre qui s’était tenue en novembre 2011 à l’Institut Pasteur, « dans les 25 pays comptant le plus de femmes enceintes vivant avec le VIH, le pourcentage de celles qui bénéficient d’un test et de conseils est très variable : de plus de 95 % en Afrique du Sud et en Zambie, à 9 % en République démocratique du Congo et à 6 % au Tchad. »

La région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre reste la plus touchée puisque ses 24 pays concentrent un quart de toutes les personnes vivant avec le VIH dans le monde. Or les moyens déployés pour endiguer ce fléau sont loin d’être à la hauteur. Sur la seule période 2008-2009, la proportion de femmes enceintes séropositives ayant reçu un traitement n’est passée que de 16 % à 23 % en Afrique de l’Ouest, alors qu’au même moment elle passait de 45 % à 53 % en Afrique subsaharienne, et de 58 % à 68 % en Afrique australe et orientale.

Le Prix Dominique Nouvian-Ouattara consacre l’ONG « Femme = Vie »

Plusieurs solutions sont possibles pour rattraper ce retard. Dans la majorité des pays de la région, la décentralisation des services liés au VIH pour les femmes et les enfants permet de les rendre accessibles dans les centres de santé primaire plutôt que dans les seuls hôpitaux, comme c’était le cas auparavant. Les pays s’engagent de plus en plus dans une politique volontariste. Sur les 24 pays que compte la région, vingt ont adopté les nouvelles recommandations relatives à la prévention de la transmission mère-enfant (PTME) de l’OMS.

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En Côte d’Ivoire, les pouvoirs publics et la société civile se sont mobilisés pour être au contact des populations. Le premier prix Dominique Nouvian-Ouattara, décerné le 16 février dernier, qui récompense les dispensaires et les ONG engagés, a ainsi consacré l’ONG « Femmes actives de Côte d’Ivoire » et l’ONG « Femme = Vie ». En tout, 10 millions de Francs CFA auront été remis par la Première dameDominique Nouvian-Ouattara aux lauréats pour leur engagement dans la lutte contre la transmission du VIH mère-enfant. Un engagement de terrain qui a permis à la Côte d’ivoire de quasiment doubler le taux de femmes enceintes séropositives sous traitement antirétroviraux en à peine trois ans. 80 % recevaient un traitement en 2015, contre 44 % en 2012.

« L’élimination de la pandémie du VIH dans le monde passe nécessairement par l’implication de tous » a souligné Dominique Nouvian-Ouattara, engagée depuis plus de vingt ans dans la protection de l’enfance et la promotion des droits de femmes au côté de son ONG « Children of Africa ». Dernière action en date en faveur de cette lutte, un appel à projet de 5 millions de livres sterling a été lancé par le Positive Action for Children Fund afin de financer des partenariats communautaires visant à éradiquer la transmission du VIH de la mère à l’enfant en Afrique de l’Ouest et du Centre en 2016. « Cette année, nous avons tout particulièrement souhaité accroître de nouveaux partenariats en Afrique francophone » indique son directeur, Dominic Kemps. La stabilité politique joue néanmoins un rôle dans la propagation de la maladie : guerres et conflits ont tendance à alourdir le bilan et les réponses politiques sont souvent fragilisées.



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