Le Président François l’avait dit : sous son règne, il y aurait une République irréprochable. Eh bien la République irréprochable a encore cogné. Dur. Il faut bien ça, car pour être irréprochable, il n’y a guère que deux façons de procéder : ou bien ne commettre que des fautes microscopiques, bénignes ou si insignifiantes qu’on les lui passera sans mal, ou bien cogner si fort que personne n’osera rien reprocher de peur de se faire cogner à son tour.

Et cette fois-ci, la République, pleine de mansuétude, a donc décidé d’aider les faibles et les miséreux dans leurs péripéties. Oh, pas tous les faibles, et pas tous les miséreux, ils sont trop nombreux, mais bien ces faibles et ces miséreux qu’elle saura trouver utile à son développement. La République a donc trouvé des postes à des gens qui en avaient rudement besoin.

Et c’est aussi normal que le Président François s’en soit occupé : après tout, ne s’était-il pas engagé personnellement à lutter contre le chômage, notamment celui des jeunes ? Il apparaît dès lors parfaitement normal que certains syndicalistes, déchus de leurs postes, soient alors aidés par la République irréprochable du président François.

C’est ainsi que Thierry Lepaon, un jeune et frétillant syndicaliste de 56 ans, vient d’être placé dans une indispensable agence d’État dont il pourra prendre la tête. Rassurez-vous : si, au départ, l’agence ne comptait pas rémunérer le fringant jeune homme, l’agence a préalablement vu ses statuts modifiés pour que son président puisse y être rémunéré. Ouf, un peu plus et le petit Thierry aurait été obligé de se mettre à chercher un stage, un CDD ou mieux encore, un CDI, ce qui n’aurait pas été facile en ces périodes de crise.

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Mais avouons que le choix de l’équipe de François Hollande de replacer notre brave petit dans une agence d’État entre bel et bien dans le cadre des missions que s’est attribué le président François : au moins aura-t-il réussi à créer un emploi de plus. Et puis, quelle agence ! Il s’agit en effet de l’Agence nationale contre l’illettrisme, rebaptisée en « Agence de la langue française » à l’occasion de l’apparition d’une rémunération pour son président. Qui de mieux que Thierry Lepaon, ex-secrétaire général de la CGT, ex-ouvrier Moulinex, ex-membre du Conseil d’orientation pour l’emploi, ex-syndicaliste, ex-voto d’un président républicain irréprochable et maintenant expédié président d’une agence bidon, qui de mieux que cet ex pour prendre la tête d’une agence dont le job consiste à combattre l’illettrisme et répandre une francophonie harmonieuse ?

Il est clair qu’avec Thierry Lepaon, véritable chevalier des arts et lettres français, la francophilie va exploser ! En plus, l’agence ne coûte que 1,2 million d’euros par an, pour une douzaine de salariés. Vraiment, ce n’est pas cher. C’est même l’État qui paye.

S’arrêter là serait un peu court. Le président François a une feuille de route, et, obstiné, il s’y tient quand bien même les obstacles s’y accumulent méchamment.

À l’emploi nouvellement créé pour Thierry Lepaon, le président François ajoute celui de Stéphane Lardy. Là encore, le petit jeune dont il s’agit bénéficiera des largesses de la République reconnaissante de son immense travail puisqu’il est nommé à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), un corps d’État qui n’est pas du tout, absolument pas, utilisé pour recaser des petits copains et des petits coquins du régime.

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hollande XVIPlus discret que Thierry qui n’avait pas su refaire la déco de son appartement et de son bureau sans générer des factures que certains mesquins qualifieraient de copieuses, notre sémillant Stéphane, ex-secrétaire confédéral de FO, avait en charge le secteur emploi, assurance-chômage et formation professionnelle de l’organisation syndicale. C’est apparemment lui qui – sans trop s’exposer médiatiquement, reconnaissons-lui ce talent – menait toutes les grandes négociations nationales interprofessionnelles. Malheureusement, notre fringant syndicaliste n’est pas trotskyste mais simplement socialiste, et même inscrit au PS où il milite dans le XIIIe arrondissement de Paris ; ceci l’a durablement empêché d’accéder à la direction de FO (majoritairement trotskyste – étonnant, non ?) ce qui l’amène donc naturellement à bénéficier des largesses étatiques.

Rassurez-vous, ce n’est pas cher, c’est l’État qui paye et au bilan, c’est tout de même un deuxième emploi créé pour le président François.

Mais tout compte fait, il ne faudrait pas s’en tenir là. Comment oublier qu’en 2013, le bon Président François avait déjà officié et avait courageusement créé un bel emploi pour un certain Chérèque De La CFDT qui avait eu le bon goût de se classer dans le chapitre des « syndicalistes sympatoches » et méritait donc amplement que la République, bonne fille, lui trouve un petit poste au chaud ?

En outre, pour le modeste salaire de 7 257,55 euros net par mois (primes et indemnités incluses), il aurait franchement été dommage que François, le Chérèque De La CFDT, ne profite pas du poste en question, d’autant que ce n’est vraiment pas cher, puisque, encore une fois, c’est l’État qui paye, voyons.

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Et puis, il est vrai que se présenter à un entretien d’embauche, pour ces petits jeunes qui, ayant toujours officié dans les bureaux de syndicats, ne connaissent pour ainsi dire rien au salariat tel qu’on le pratique de nos jours, c’est une épreuve compliquée. Dans ce cadre, comment blâmer le président François d’avoir penché son auguste personne sur ces cas si délicats ? Et puis, tous ces juvéniles quinquagénaires ont toute une vie de labeur et toute une jolie carrière devant eux, on en est sûr ! En les plaçant, ainsi, dans ces fromages institutions républicaines, qui sait quel esprit de renouveau, quelles méthodes innovantes, quels concepts de ruptures nos petits juniors, pleins de sève printanière, vont insuffler ?

Pas de doute, le président François est vraiment dans sa mission, et on le sent véritablement investi de celle-ci, pénétré par l’importance de la tâche et des impacts qu’elle aura pour redresser le pays.

Du reste, créer trois emplois en autant d’années, qui peut en dire autant ?

hollande ceux qui attendent plus rien
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