Marine Le Pen le jure : la « France apaisée » qu’elle promeut depuis le début de l’année n’est pas qu’un slogan, c’est aussi un programme politique. La présidente du Front national s’est fendue d’un long développement sur le sujet, dimanche 1er mai, devant les 2 000 militants de son parti réunis, porte de la Villette, à Paris, pour le traditionnel rendez-vous frontiste en hommage à Jeanne d’Arc.

« La France apaisée, ça n’est pas une description, mais une ambition, une nécessité vitale », a fait valoir Mme Le Pen. A un an de l’élection présidentielle de 2017, la députée européenne, annoncée présente au second tour du scrutin par de nombreux sondages, s’est d’ores et déjà placée dans une posture de rassemblement. Comme une répétition du discours qu’elle pourrait prononcer le 1er mai 2017, lors de l’entre-deux tours de l’élection.

« J’appelle solennellement, au-delà de notre mouvement, tous les patriotes de France, d’où qu’ils viennent, quel que soit leur engagement politique passé, à nous rejoindre », a-t-elle déclaré, évoquant le « besoin impérieux » d’une « union des patriotes ». « Je bâtis un pôle de rassemblement à vocation majoritaire », a répété la cheffe de file frontiste.

Désireuse de se départir de l’image clivante qui lui colle à la peau et a empêché son parti d’emporter un exécutif lors des élections régionales de décembre 2015, la présidente du FN s’est néanmoins montrée intransigeante dans son opposition à l’Union européenne.

« Je suis la candidate du non à l’Union européenne, du oui à la France. Dans un an, nous aurons l’occasion de retrouver notre souveraineté, notre liberté. C’est la raison d’être de ma candidature à l’élection présidentielle », a-t-elle martelé, affirmant son soutien à une sortie de l’UE du Royaume-Uni, qui vote sur le sujet le 22 juin. Et alors que la proposition d’une sortie de la France de la zone euro peut être perçue par certains au sein du parti comme un handicap, la présidente du FN a estimé que la monnaie unique représente un « frein épouvantable » et un « échec sur toute la ligne ».

Un 1er Mai sous le signe de la division

Paris le 1er Mai 2016. Jean Marie Le Pen et ses proches commémorent Jeanne d'Arc

Le message délivré par Mme Le Pen, qui a supprimé le traditionnel défilé du parti pour le remplacer par un banquet, censé donner une image plus « apaisée » du FN, a été brouillé par le rassemblement organisé, quelques heures plus tôt, par son père Jean-Marie Le Pen.

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L’ancien président du Front national a réuni près de 400 personnes, place des Pyramides, dans le 1er arrondissement de Paris, pour rendre lui aussi hommage à Jeanne d’Arc. Une réunion à laquelle se sont joints trois députés européens du parti d’extrême droite : Bruno Gollnisch, Marie-Christine Arnautu et Mireille d’Ornano. Quelques responsables locaux frontistes étaient eux aussi présents.

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La direction du FN avait pourtant fait savoir que toute présence place des Pyramides était proscrite pour les membres du parti, qui s’exposent à des sanctions, voire à une exclusion. « Je ne comprends pas pourquoi ça étonne, déclare Mme Arnautu, par ailleurs vice-présidente du Front national. Tout le monde sait les liens personnels et affectueux que j’ai avec Jean-Marie Le Pen, que je ne renierai pas. Ce n’est pas un message politique. » Les élus coupables d’avoir manifesté leur fidélité au cofondateur du FN ont, en tout cas, été priés de ne pas se rendre au banquet organisé par leur parti.

La question devrait sans nul doute être à l’ordre du jour du bureau politique du FN, lundi 2 mai, auquel M. Gollnisch et Mme Arnautu appartiennent. « Je vais demander à ce qu’ils quittent le bureau politique, ils n’ont plus rien à faire à la direction du FN, prévient Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Il faut purger le mouvement. » « S’ils étaient cohérents, ils démissionneraient », estime, quant à lui, un cadre du parti. Reste à voir si cette intransigeance sera partagée par Marine Le Pen.

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