Mr. Holmes – Ian McKellen : « Les gens veulent voir Gandalf faire quelque chose de différent »
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« J’étais surpris que le Festival du Cinéma Américain de Deauville rende hommage à un acteur anglais. En projetant un film dans lequel il jouer Sherlock Holmes », nous dit Ian McKellen lors de son passage en Normandie, au mois de septembre dernier. Sur le papier, on ne peut effectivement pas lui donner tort. Mais ce serait négliger la place importante acquise à Hollywood par le comédien, que ce soit avec des blockbusters ou des longs métrages comme Mr. Holmes, co-produit par les Etats-Unis, et qui s’attarde sur l’homme derrière le mythe.

AlloCiné : Que représente Sherlock Holmes pour vous ?
Ian McKellen : Je ne me rappelle pas d’une époque à laquelle je ne connaissais pas Sherlock Holmes. Et c’est le cas de beaucoup de gens car il appartient à notre consience. Beaucoup de ses histoires sont des nouvelles, ce qui les rend plus faciles à lire pour les enfants, et c’est pour cela que j’ai pu en lire à l’époque. Puis j’ai vu ceux qui l’interprétaient à la télévision et au cinéma. 120 acteurs ont joué Sherlock Holmes, mais moi je joue le vrai (rires)

Et c’est un rôle tellement iconique qu’il doit être difficile, pour un acteur anglais, de le refuser ?
Je suppose que oui. Mais il n’y a aucun intérêt à jouer un rôle merveilleux si le scénario ne l’est pas, car c’est le scénario qui lance la machine. J’ai trouvé que nous avions ici une très bonne version, et je crois en son message qui veut qu’il ne soit jamais trop tard, et que l’on puisse encore découvrir quelque chose quand on a 93 ans.

Je n’ai pas vraiment eu à me soucier du fait d’être Sherlock Holmes

Le film nous permet ainsi de découvrir un tout nouveau personnage, alors que Sherlock Holmes a été joué par 120 acteurs, comme vous l’avez précisé.
C’est justement le concept de l’histoire, cette idée que ce soit avant tout un homme. Et je trouve émouvant qu’il soit en vie en 1945, juste après la Seconde Guerre Mondiale, tout comme je l’étais [Ian McKellen est né le 25 mai 1939, ndlr]. J’aurais pu être le petit garçon du film et ça m’a surtout permis de croire qu’il avait existé.

Vous a-t-il été difficile d’apporter quelque chose de neuf à la mythologie de Sherlock Holmes ?
Tout dépend du scénario, pas de moi. L’idée de base est celle de Mitch Cullin, l’auteur du livre dont le film est adapté, et je n’ai pas vraiment eu à me soucier du fait d’être Sherlock Holmes, car il fallait justement ne pas l’être la plupart du temps. Mais c’était amusant de pouvoir aussi le jouer quand il n’est pas un vieil homme, car j’ai ainsi pu approcher son côté iconique.



Quel a été le plus gros défi pour vous ?
Les abeilles (rires) J’ai dit à Bill Condon, qui est l’un de mes réalisateurs favoris, que je trouvais le scénario et le casting magnifiques, mais que je ne voulais pas travailler avec des abeilles. Il a souri et m’a répondu qu’il était d’accord, mais j’ai quand même dû le faire et un expert m’a expliqué comment les manipuler. Je n’ai donc pas été piqué, et personne ne l’a été. Les abeilles sont occupées et ont autre chose à faire qu’à vous piquer. Surtout qu’elles meurent en le faisant, donc où est l’intérêt pour elles ? Ça n’est pas comme les guêpes.

Dans « The Big C », Laura Linney, votre partenaire ici, dit que « C’est un privilège que de vieillir ». Êtes-vous d’accord avec cette idée que l’on retrouve au coeur de « Mr. Holmes » ?
Oui, nous connaissons tous des personnes mortes trop tôt. Vous ne pouvez pas espérer vivre, donc il faut faire en sorte de rendre chaque jour le meilleur possible. Vieillir peut-être très très difficile, déplaisant et douloureux, au point que la mort soit vue comme un soulagement. Pas tout le temps bien sûr, car vieillir avec toutes vos facultés est merveilleux : les gens se lèvent pour vous quand vous voulez vous asseoir (rires)

« Les Vacances de Monsieur Hulot » est peut-être mon film préféré

Vous souvenez-vous de l’acteur qui vous a donné envie d’en devenir un vous-même ?
Oui, mais c’est une longue histoire (rires) Au cinéma, c’est Jacques Tati. Il est très intéressant quand on est acteur de théâtre car il avait un côté music hall, une silhouette et ne disait que très peu de mots. Et il était très drôle. Les Vacances de Monsieur Hulot est peut-être mon film préféré. Je l’ai découvert par moi-même et il m’a submergé. Il y a sans doute des films plus grands et moins compliqués, mais celui-ci m’a beaucoup influencé. Ce n’est pas pour autant que j’ai un jour pensé pouvoir devenir Jacques Tati, car personne ne le peut. Quel en serait l’intérêt d’ailleurs ? Il est unique.

Vous avez joué des rôles très célèbres dans des pièces qui l’étaient tout autant. Est-ce pour cette raison que vous n’avez pas peur de vous emparer d’un personnage comme celui de Sherlock Holmes ?
Il ne faut justement pas avoir peur. Quand vous voyez le nombre de personnes à avoir joué Hamlet, vous vous demandez ce que vous pouvez apporter de plus. La réponse est : vous-même. Ne vous souciez pas des autres.

Ça ne m’a donc pas dérangé que d’autres personnes aient joué Sherlock Holmes, et très bien même, car je savais que le mien était différent. Du coup ça n’était pas comme jouer Hamlet, où tout le monde reprend les mêmes dialogues. Ici, j’avais mes propres mots. Mais c’est rôles n’appartiennent à personne, n’est-ce pas ? Quand vous vous sentez prêt à jouer le Roi Lear ou Richard III, ne regardez pas les performances des autres. Il faut justement essayer de les oublier pour apporter votre contribution.



Ian McKellen en Gandalf

Vous avez aussi joué de nombreux rôles iconiques, de Gandalf à Magneto. Les considérez-vous parfois comme des fardeaux, dans le sens où ils occultent ce que vous avez fait avant ?
Non, pas du tout. C’est dommage que les gens qui vous voient jouer dans Le Seigneur des Anneaux ne voient pas Richard III ou MacBeth. Ils peuvent les voir, car il existe des DVD ou on peut les trouver sur YouTube. Mais nous faisons des films pour le public, et s’il se trouve que des millions de personnes voient l’un de vos films, on ne peut pas s’en plaindre. Vous aimeriez que ce soit le cas pour tous ceux que vous avez faits.

Ça ne me gêne pas d’être essentiellement associé à Magneto ou Gandalf, car ce sont des rôles merveilleux. Il serait plus déprimant d’être célèbre pour avoir joué dans un très mauvais film. Ou un film que vous n’avez pas aimé faire, ou dans lequel vous pensez ne pas avoir été bon. J’espère que ça n’est pas le cas avec Le Seigneur des Anneaux ou X-Men. Et je pense que Mr. Holmes a été un succès car les gens veulent voir Gandalf faire quelque chose de différent. Ils sont intéressés par le jeu d’acteur, car c’est une activité très humaine. Tout le monde ne peut pas chanter. Mais jouer, oui. On encourage d’ailleurs les enfants à le faire tout le temps. Et on le fait aussi dès le matin en choisissant sa tenue.

Mais je me suis rendu compte qu’être face à une caméra pouvait être très gênant. Je n’arrivais pas à me détendre, je ne savais pas comment faire. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Moins souvent bien sûr, mais je choisis des rôles que je pense ne pas être capable de jouer. Sauf qu’il faut que je le fasse à un moment, donc je vais avoir besoin d’aide. Mais si ça fonctionne, la satisfaction n’en sera que plus grande. Je n’aimerais pas être un acteur qui passe son temps à jouer une version de lui-même. Mais on ne veut pas que les stars soient différentes, ni qu’elles vieilissent (rires)

Les gens veulent voir Gandalf faire quelque chose de différent

Quelle a été votre principale motivation au moment de faire le premier « X-Men », à une époque où les films de super-héros n’étaient pas aussi populaires ? La présence de Bryan Singer derrière la caméra ? Le sous-texte ?
Oui, j’ai aimé la parabole sur les mutants. Bryan Singer l’a d’ailleurs présentée de façon explicite, en disant que l’on pouvait voir les mutants comme des homosexuels : ils sont ce qu’ils sont et la société ne les aime pas. Qu’allez-vous donc faire ? C’est d’ailleurs la question qui sous-tend chaque mouvement pour les droits civils : faut-il s’intégrer ? Ou être différent ? Et ça crée des disputes.

« X-Men » est le comic book préféré des dirigeants de Marvel, car il parle de quelque chose d’important. Il n’est pas question d’une mauviette qui devient Superman en changeant de tenue, ni de personnages comme Spider-Man ou Hulk, qui fonctionnent de la même façon. On parle ici de quelque chose de réel dans un univers fantastique. Et sur le plan démographique, le comic book est plus populaire chez les jeunes Noirs, les jeunes juifs et les jeunes homosexuels, pour des raisons évidentes. Je ne sais pas s’il en va de même pour les films, mais je sais que beaucoup de Noirs les aiment. Pour moi, c’est du cinéma très populaire, mais avec un but.

Sentez-vous que les choses bougent aujourd’hui pour les homosexuels ?
Elles se sont grandement arrangées en Grande-Bretagne, car les lois sont presqu’égales aujourd’hui. Mais il est vrai qu’en Irlande du Nord, qui est une partie du royaume, les homosexuels ne peuvent se marier. Dans le Sud, oui, tout comme en Angleterre, Ecosse et au Pays de Galles. Mais au Nord, non. La semaine dernière [l’interview a été réalisée au mois de septembre 2015, ndlr] un joueur de rugby, très massif et viril, a fait son coming-out. Mais ce n’est toujours pas arrivé chez les footballeurs.

Donc même si ça va du côté des lois, les vieilles habitudes ont la peau dure. Mais la majorité de la population semble aujourd’hui accepter que les homosexuels puissent vivre leur vie, et c’est très relaxant. Et ça ne se passe pas aussi bien dans tous les pays. Je me souviens aussi de l’époque où aucun des membres du Parlement n’était ouvertement homosexuel.



Ian McKellen en Magneto

Pensez-vous revenir un jour dans un « X-Men » ?
Non, je ne pense pas. Ils ont l’air d’avoir décidé que Michael Fassbender leur convenait. Je lui avais même dit : « Tu as déjà plein de super films. Pourquoi tu dois aussi faire les X-Men ? Laisse une chance au vieil homme ! »

2014 aura donc été l’année de vos adieux à Magnéto et Gandalf.
C’est vrai. Ils ont débuté ensemble : j’ai terminé de tourner le premier X-Men, je suis rentré chez moi pour le Nouvel An, et la semaine suivante j’étais en Terre du Milieu.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 10 septembre 2015



Cet article a trouvé sa source chez nos confrères Allo Ciné

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