Par Hadrien Desuin.

Au regard d’un bilan intérieur le plus souvent jugé désastreux, la politique étrangère a fait office de soupape pour François Hollande. Un moyen de s’échapper du bourbier de la vie politique parisienne. De fait, les correspondants accrédités qui accompagnent gracieusement l’exécutif pour couvrir les déplacements à l’étranger sont habilement chaperonnés. « L’équipe France » est apparue soudée hors de nos frontières, travaillant de concert pour assurer des contrats et des emplois à notre économie. Information et logistique contre complaisance, la communication des relations extérieures est maîtrisée.

La politique étrangère, un rayon de soleil pour François Hollande ?

Par conséquent, la politique étrangère a fait l’effet dans les sondages d’un rayon de soleil perçant l’hostilité des grèves et la grisaille du chômage. La liste parfois fantaisiste des contrats en négociation et les approximations de leur chiffrage ont semblé éclaircir une situation de crise économique chronique. L’indulgence de l’opinion ne s’explique pas seulement par l’incompétence et le désintérêt global sur ces sujets internationaux. Sans rapport avec les supposés bénéfices industriels, elle a été séduite par un discours moral et généreux qui flatte la dimension universaliste des Droits de l’Homme à la française.

Pourtant, si on analyse froidement les résultats de la diplomatie française en fonction de nos intérêts, il est difficile de rester béat devant le constat dépeint en haut lieu. Tout d’abord, les apparences n’ont pas toujours été sauves. François Hollande, peu au fait des questions internationales quand il est entré à l’Élysée, a dans un premier temps peiné à « faire Président ». Ses premiers pas sur la scène internationale ont aussitôt suscité des moqueries. Son nœud de cravate, ses manches dépareillées, son apparence dilettante et ses démarches improvisées, tout portait à croire que l’amateurisme était arrivé au pouvoir.

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Un difficile arbitrage entre diplomatie et armées

Pris en tenaille entre d’un côté un Laurent Fabius assez rapidement opérationnel mais engoncé dans une vision cyniquement moralisatrice des relations internationales et, de l’autre côté, un ministère de la Défense qui prônait au contraire un retour assumé au réalisme, François Hollande n’a pas cessé de tergiverser et d’hésiter. Entre les atlantistes et les gaullo-mitterandiens, l’ancien Premier secrétaire du Parti Socialiste, avide de synthèse alambiquée, a choisi l’atlantico-mitterandisme et une division régionale de notre politique extérieure. L’Afrique à Le Drian et l’Asie à Fabius. L’Europe a été laissée à Harlem Désir et Pierre Moscovici, autant dire à Angela Merkel.

Une jonction s’est faite sur la poursuite du partenariat stratégique entre la France et ses clients du Golfe. La colossale fortune des émirats, comparée à la maigreur du carnet de commandes de nos industriels de la défense, a placé notre pays dans une situation de dépendance stratégique à sens unique. Sur la question iranienne et syrienne et par ricochet dans nos rapports avec les États-Unis et la Russie, François Hollande est apparu comme le docile porte-voix des monarchies salafistes du Qatar, d’Arabie Saoudite et des émirats. Séduite par une apparente occidentalisation des élites, la diplomatie française a souvent fermé les yeux sur la réalité de ces tyrannies wahhabites aux intérêts ambivalents dans la région. En particulier dans le conflit qui nous oppose au terrorisme islamiste en Syrie et en Irak, où nos alliés sont aussi nos ennemis. La vente d’un Rafale vaut bien un prêche salafiste à Aulnay-sous-Bois sans doute. Un décalage brièvement mis en lumière à l’occasion de la remise en catimini de la Légion d’Honneur au prince héritier d’Arabie Saoudite.

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Une politique étrangère de François Hollande plus atlantiste que celle des États-Unis !

De l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama avait promis de rompre avec une décennie d’interventions militaires contre productives. Il a préféré rééquilibrer les alliances moyen-orientales de Washington sur ses deux piliers initiaux, sunnite et chiite. Et il s’est heurté à une diplomatie française qui a souhaité profiter de ce rééquilibrage pour mieux se placer et se vendre auprès de ses clients, les pétromonarchies sunnites du Golfe. De sorte que la France n’est même pas parvenue à jouer le rôle qu’elle s’était dévolu, celui du plus proche allié de Washington. Dans le contexte des printemps arabes et du règlement du nucléaire iranien, l’élève a voulu dépasser le maître, au point que la diplomatie française a été plus atlantiste que la Maison-Blanche. C’est-à-dire plus interventionniste et plus arrogante, presque nostalgique de l’ère Bush tant on a estimé qu’Obama était trop faible. Mais la nouvelle diplomatie américaine, davantage tournée vers le Pacifique, entendait conserver une égalité de traitement entre tous ses vassaux. Logiquement, les relations de la France avec la Russie et les émergents en général ont pâti de ce parti pris. Entre un discours très politisé sur l’exercice réactionnaire du pouvoir de Vladimir Poutine et l’obsession anti-iranienne des néo-conservateurs héritée du sarkozysme, l’affaire était entendue. En guise de politique étrangère, notre « diplomatie » s’est contentée de lister des sanctions économiques dans le sillage de « la famille occidentale ». Privée de marge de manœuvre et d’indépendance stratégique, la France continue de perdre de son influence dans le monde.

François Hollande avait promis en 2012 une rupture avec l’atlantisme décomplexé de Nicolas Sarkozy et un retour aux fondamentaux de la Vème République. Force est de constater que, quatre ans plus tard, François Hollande a tout simplement épousé la politique étrangère amorcée par son prédécesseur.

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4 ans de Hollande : notre dossier spécial

4 ans de François Hollande à l’Élysée, c’est l’occasion d’un bilan. Découvrez  dans notre dossier spécial 4 ans de Hollande sur Contrepoints comment nos analystes jugent son bilan économique, emploi ou politique internationale. À lire ici.



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