Si la fin de Fight Club, portée à l’écran par David Fincher au crépuscule du siècle dernier, résonne encore chez vous comme une conclusion parfaite ; si Where is my mind des Pixies vous rappelle inévitablement cet épilogue, ne feuilletez pas la suite parue en BD le 28 avril en France. Qui veut préserver la magie ne devra pas faire preuve de curiosité.

Mais comment ne pas céder aux sirènes de Fight Club 2, surtout quand on sait que l’auteur du roman original, Chuck Palahniuk, s’est attelé au scénario, épaulé au dessin par le Canadien Cameron Stewart, qui s’est forgé une belle réputation chez DC Comics en travaillant sur de prestigieux personnages comme Batman ou Catwoman. Brisons donc la première règle du Fight Club

Dix ans ont passé depuis qu’aux côtés de sa petite amie Marla Singer, le héros, a assisté à l’apothéose du Projet chaos et s’est débarrassé de Tyler Durden, sa double personnalité destructrice et subversive. Retour à la vie insipide pour ce Monsieur-tout-le-monde qui a désormais un nom, Sébastian, a épousé sa petite amie nevrosée et eu depuis un fils.

Fight Club, Projet chaos et l’armée des singes de l’espace qui voulaient anéantir la société de consommation dans le précédent chapitre n’étaient pas le fruit d’un mauvais rêve : il arrive à Sébastian de croiser d’anciens disciples, de reconnaître le baiser à l’acide sur le dos d’une main mais de s’en tenir éloigné. Sauf que Tyler Durden, tapis dans l’insconscient du héros et enchaîné à coups de médicaments, ne tarde pas à refaire surface, s’en prendre à Sébastian junior et menacer la planète entière.

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Dans Fight Club 2, le héros a épousé l’hypocondriaque Marla Singer qu’il avait rencontré dans des groupes de soutien pour malades.

A l’exception de l’état civil du héros, rien n’a finalement changé, et c’est peut être ça le problème : bien qu’efficacemement servi par le coup de crayon de Cameron Stewart, le scénario de Palahniuk écule à l’épuisement les recettes et les mantras de son génial premier roman. A ménager la nostalgie des fans et revenir en boucle sur les épisodes précédents, il ne propose rien de percutant. Et pousse le culte à se mettre lui-même en scène dans la bande-dessinée. Le coup de poing dans l’estomac de Fight Club en 1996 a la puissance d’une pichenette en 2016. Irait-on jusqu’à soupçonner l’auteur d’exploiter de marnière mercantile une histoire culte dénonçant la société de consommation ? Cette ironie n’échapperait en tout cas sûrement pas à ce nihiliste de Tyler Durden.

Publié initialement en dix épisodes par les éditions Dark Horses jusqu’en mars 2016, Fight Club 2 va être réédité en octobre aux Etats-Unis en un seul volume relié, à l’image de la version française parue chez Super8 éditions.

Fight Club 2, intégrale de Chuck Palahniuk et Cameron Stewart, 264 pages, éditions Super8, 20 euros.