Par Jacques Garello.

En France les trains roulent à gauche. Quand ils roulent…

L’actualité ferroviaire et sociale nous inviterait à croire que les cheminots, la CGT de Martinez, le Mélenchon et les frondeurs sont les derniers vestiges de la gauche. Emmanuel Macron nous invite à croire que cette gauche française a perdu la partie. Notre pays serait-il prêt à rouler à droite, comme le font les usagers de la route ?

En fait, Emmanuel Macron n’a pas tout à fait raison : sur l’autoroute politique, il est fait obligation de tenir sa droite, mais les grosses cylindrées prennent la file de gauche.

C’est tout le problème de Macron : il roule à gauche, mais il voudrait doubler à droite.

Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus. La première incartade verbale de l’Emmanuel a été de proclamer que « le libéralisme est de gauche ». Le syllogisme semblait solide : je suis de gauche, donc je suis libéral. Or (je ne cesse pour ma part, mais comme d’autres, de le répéter) le libéralisme n’est ni de gauche ni de droite, car gauche et droite ne signifient rien dans les faits. Dans les faits, droite comme gauche se sont alignées depuis des lustres sur la doctrine socialiste et il n’y a pas de droite libérale ; au mieux il y a une droite étatiste, mais étatisme et socialisme marchent de pair puisque tous deux ont réduit les libertés individuelles au point que la France passe aux yeux de l’étranger pour le dernier pays communiste du monde.

Mais voici que l’Emmanuel nous passe maintenant un second plat : l’opposition n’est plus entre droite et gauche (j’en conviens) mais entre conservatisme et progressisme, entre le parti de l’ordre et celui du progrès – comme on dit encore. A-t-il raison ? Oui et non.

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Oui dans la mesure où la gauche, comme la droite, refuse toute réforme véritable pour une raison essentielle : ne pas remettre en cause les privilèges, prébendes, gaspillages et corruptions accumulés au fil des siècles, traduits en termes politiquement corrects sous le nom d’« acquis sociaux » ou mieux encore : « modèle social français ». Ajoutez que ces acquis ont été « arrachés de haute lutte » par les salutaires forces syndicales, ou sont le fruit d’une « tradition républicaine » : vous avez alors un discours prêt pour les médias. Si vous y ajoutez une pincée de nationalisme chauvin en suggérant que c’est ce qui fait la grandeur de la France, vous pouvez élargir le spectre de votre clientèle électorale.

Non dans la mesure où Macron refuse de nous dire ce que sont progressisme et conservatisme. Conservatisme de quoi ? Des acquis sociaux, ou bien des valeurs morales et spirituelles qui forgent une nation, qui créent l’harmonie d’une société ? À droite comme à gauche, il est bien pensant de faire évoluer les droits en fonction des mœurs et de saluer toute évolution des mœurs comme un progrès, même au prix du droit naturel : vive l’explosion de la famille, de la jeunesse, de la religion, vivent les atteintes à la vie, à la liberté, à la propriété.

Et le progrès, c’est quoi ? Le sens de l’histoire ? La sauvegarde de la planète ? La philosophie du genre ?

Les libéraux sont clairs sur ce point : le progrès, c’est la liberté assortie de la responsabilité et ordonnée à la dignité de la personne. Comme le signifie l’ALEPS, c’est la liberté économique qui permet le progrès social. Et c’est la liberté scolaire qui permet l’épanouissement personnel. Et c’est la liberté patrimoniale qui permet la prospérité et la sécurité. Et ainsi de suite : la liberté se décline dans tous ses sens, parce qu’elle est sous-tendue par une conception de l’homme qui conjugue intérêt personnel et service de la communauté, diversité et harmonie.

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Pour reprendre l’image de l’autoroute, il n’y a progrès que dans la perspective d’une destination : que les Parisiens ne prennent pas l’A7 pour aller à Lille. Au bout du compte Emmanuel Macron occulte le vrai choix, qui n’est pas entre droite et gauche, ni davantage entre conservatisme et progressisme, mais bien entre libéralisme et socialisme.

Il est vrai qu’il n’a peut-être pas fait lui-même son propre choix : s’il est avant tout (comme c’est vraisemblable) à la recherche du pouvoir, il s’en remet à la vieille recette qui consiste à aller chercher les voix « de l’autre côté ». S’il a des convictions libérales rentrées, qu’il n’hésite pas à rompre avec le socialisme – son discours iconoclaste sur l’ISF ou sur les corporations serait un premier pas. Il devra aussi rompre avec son Président, avec les socialistes du PS, du FN et d’ailleurs.

Comme le disait Jacques Rueff en 1974 (peut-être à l’adresse de Giscard) : « Soyez socialiste, soyez libéraux, mais dites la vérité ».

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