Sélection officielle – hors compétition

En ce siècle où l’on peut pédaler sur la piste cyclable de Sunset Boulevard, où les produits carnés sont en train de prendre la succession de la cigarette comme objet d’opprobre dans les restaurants de Beverly Hills, les habitants de la capitale du cinéma américain ont développé une étrange nostalgie pour le Los Angeles des années 1970. Le smog, la violence qui s’étend aux quartiers chics, la corruption, l’industrialisation de la pornographie apparaissent baignés d’une lumière diffuse (le smog, justement) plein d’un attrait trouble.

The Nice Guys, comédie violente signée Shane Black, joue de cette fascination sur le mode comique, burlesque même, en lâchant sur les autoroutes de Los Angeles un duo apte à susciter les cataclysmes, composé de Russell Crowe et Ryan Gosling. Comme il arrive lorsque l’on propose à des hommes sérieux et virils de faire les pitres, les deux stars se lâchent en toute impunité, sous la direction, que l’on imagine un peu laxiste, de Shane Black. Mais cette absence de rigueur convient bien à la période décrite, et le film peut compter, pour s’assurer d’un minimum de cohérence, sur le beau travail du chef opérateur Philippe Rousselot, qui tire le meilleur parti de la lumière si singulière qui naît du passage des rayons du soleil à travers les nuages de polluants.

Une brute, un vantard et une très jeune fille

Holland March (Ryan Gosling), détective privé, et Jackson Healy (Russell Crowe), gros bras à louer, sont chargés l’un de retrouver, l’autre de décourager les poursuivants d’Amelia Kutner (Margaret Qualley, qui jouait la fille rebelle de Justin Theroux dans « The Leftovers »). Leur première rencontre est naturellement violente, et tout aussi naturellement, leurs intérêts finissent par coïncider.

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Le privé est un bras cassé (au figuré et au propre, son plâtre lui sera ce que le pansement nasal était à Jack Nicholson), grande gueule et un peu trouillard, qui a perdu l’estime de sa fille préadolescente, Holly (Angourie Rice). Le gros bras est une brute épaisse plus maline qu’il ne le laisse paraître. Finalement, c’est Holly qui prendra la direction de fait des opérations. Cette recette qui plonge un trio formé d’une brute, d’un vantard et d’une très jeune fille dans un univers ultra-violent, a déjà fait ses preuves dans True Grit (la version des frères Coen en 2010 mais aussi le western d’Henry Hathaway avec John Wayne en 1969).

Kim Basinger, une excellente méchante

La disparition d’Amelia signale le départ d’un jeu de piste qui mènera les « gentils garçons » du titre et leur protégée des cendres d’un studio clandestin, destiné à la production d’un film porno, à une villa dans les canyons, où une party se transforme en champ de bataille. Avant de connaître une apothéose tout aussi sanglante au salon de l’auto de Los Angeles. Kim Basinger apparaîtra en dignitaire du département de la justice et mère de la disparue – elle fait une excellente méchante. Il ne manque au tableau que la traditionnelle clinique psychiatrique cachée dans les collines.

Shane Black, devenu instantanément l’envie de tous les scénaristes lorsque son premier script fut tourné sous le titre L’Arme fatale, en 1987, ne retrouve pas ici l’invention quasi-poétique de Kiss Kiss Bang Bang, autre polar angeleno qui marqua ses débuts de réalisateur en 2005. Le scénario prend trop de libertés avec la mécanique du polar. Mis à part le trio central, les personnages sont à peine esquissés. Mais le film va si vite et fait tant de bruit qu’on a à peine le temps de s’en apercevoir, étourdi qu’on est par l’énergie démesurée que les acteurs mettent à dire des dialogues absurdes, à effectuer des cascades spectaculaires. On sort de la salle comme on descend d’une attraction foraine, le sourire aux lèvres, la tête vide.

Film américain de Shane Black. Avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger (1 h 56). Sortie en salles dimanche 15 mai. Sur le Web : www.theniceguysmovie.com et theniceguys-lefilm.com