Deux festivals français, le Cabaret vert et Rock en Seine, ont déprogrammé Eagles of Death Metal, le groupe qui jouait au Bataclan le soir des attentats du 13 novembre 2015. Les organisateurs ont diffusé le même communiqué, expliquant l’annulation par les « récents propos tenus par Jesse Hughes, chanteur d’Eagles of Death Metal, à un média américain », propos avec lesquels les responsables des deux festivals sont « en désaccord total ».

Les propos en question ont été recueillis par le journaliste Gavin McInnes, l’un des fondateurs de Vice, connu pour ses positions politiques conservatrices, ses articles transphobes et ses déclarations sexistes. L’interview a été diffusé le 12 mai par le média conservateur canadien The Rebel Media, et retranscrite dans Taki’s Magazine.

Jesse Hughes y enchaîne les raccourcis racistes et les propos complotistes. Il prétend avoir « vu les terroristes » à l’intérieur du Bataclan avant le début du concert et que l’un d’entre eux, qu’il identifie comme « Abdeslam Salah », aurait fixé l’un de ses amis du regard. Le chanteur affirme qu’il a attribué ce regard à « la jalousie des Arabes » (on cherche encore de quoi il s’agit).

Il soutient ensuite que « deux femmes en habit traditionnel musulman » étaient dans la salle et « n’ont pas été fouillées à cause de la façon dont elles étaient habillées », chose qu’il rapproche des trois terroristes de l’aéroport de Bruxelles, qui, eux aussi, dans sa logique, auraient bénéficié d’une « crainte d’offenser les musulmans » pour aller au bout de leur projet sans que leurs sacs soient fouillés.

Dans ce récit délirant, Hughes ajoute, entre autres, qu’il a vu des « musulmans fêter les attentats de Paris », ou encore que l’argent du Golfe « flotte partout et influence le dialogue » en Europe et « pollue » les films américains.

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Habitué des déclarations controversées

Les opinions controversées de Jesse Hughes ne sont un secret pour personne, même s’il n’avait jamais proféré de propos racistes d’une telle violence auparavant.

On le connaissait déjà conservateur, antiavortement, fervent défenseur du port d’arme depuis des années et membre de la National Rifle Association, le lobby proarmes aux Etats-Unis. Dès le 3 décembre 2015, dans un entretien accordé à Paris Match, il affirmait que, ayant « grandi avec le bruit des armes », il a été le seul à comprendre ce qui se passait pendant son concert : « Les gamins dans la salle, eux, ne pigeaient rien. Ils n’ont même pas eu peur. »

Le 15 février, trois mois après l’attentat qui a coûté la vie à cent trente personnes, dont quatre-vingt-neuf au Bataclan, et fait des centaines de blessés, Jesse Hughes avait accordé un entretien à iTélé, à l’occasion du retour du groupe à l’Olympia pour « finir le concert ».

« Le contrôle des armes n’a rien à voir avec tout ça, mais puisque vous en parlez, j’aimerais savoir si les lois françaises sur le port d’arme ont pu éviter à quiconque de mourir au Bataclan », a-t-il déclaré.

« Si quelqu’un peut répondre oui à cette question, j’aimerais bien l’entendre, parce que moi, je ne crois pas. Je crois que la seule chose qui a permis de mettre fin au massacre ce sont quelques hommes, les plus courageux que j’aie jamais vus, qui se sont rués vers la mort avec leurs armes. »

Ces propos avaient déjà beaucoup fait réagir en France. Le 10 mars, Jesse Hughes a récidivé en laissant entendre, dans un entretien sur la chaîne américaine Fox Business Network, que les hommes chargés de la sécurité du Bataclan étaient de mèche avec les terroristes.

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