Par Corinne Deloy.
Un article de Trop Libre

Le 24 avril dernier, Norbert Hofer (Parti libéral, FPÖ), actuel troisième président du Conseil national (Nationalrat), chambre basse du parlement autrichien, est arrivé largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Autriche. Il a recueilli 35,1% des suffrages, soit le résultat le plus élevé de sa formation à un scrutin national, et a devancé l’ancien porte-parole de la formation écologiste (1997-2008), Alexander Van der Bellen (Les Verts, DG), qui a obtenu 21,3% des voix et auquel il sera opposé lors du deuxième tour de scrutin le 22 mai prochain.

Norbert Hofer s’est imposé dans huit des neuf Länder autrichiens, tous sauf celui de la capitale Vienne. Symbole d’un renouvellement des générations (il accuse entre 20 et 30 ans de moins que ses rivaux), l’homme a séduit les plus jeunes électeurs. Très peu connu du grand public quelques mois avant l’élection, le candidat, parfaite incarnation de la « dédiabolisation » en marche du parti populiste, a su mener une campagne charismatique.

Une indéniable victoire des populistes et la déroute des partis au pouvoir

« C’en est fini de la IIe République » pouvait-on lire dans le quotidien Die Presse le lendemain du premier tour de la présidentielle.Pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale en effet, Rudolf Hundstorfer, ancien ministre des Affaires sociales et de la Protection des consommateurs (2008-2016), et Andreas Khol, ancien président du Conseil national (2002-2006), soit les candidats des deux formations actuellement au pouvoir à Vienne – le Parti social-démocrate (SPÖ) du chancelier Werner Faymann et le Parti populaire (ÖVP) du vice-chancelier Reinhold Mitterlehner –, ont été éliminés de la course présidentielle à l’issue du premier tour de scrutin. Ils ont obtenu respectivement 11,3% et 11,1% des suffrages.

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Le vote du 14 avril témoigne à l’évidence de l’usure des formations politiques et de la déconnexion existant entre les élites politiques et les citoyens, ces derniers reprochant à leurs dirigeants de ne pas s’occuper des problèmes réels du pays. Le résultat, inédit à ce jour pour une personnalité se présentant en candidate indépendante (18,52% des suffrages), obtenu par Irmgard Griss, ancienne juge à la Cour suprême connue du grand public pour avoir présidé une commission d’enquête parlementaire sur un scandale de corruption – et d’une certaine façon celui du candidat écologiste – en sont des preuves supplémentaires. On rappellera que l’Autriche ne compte pas de formation d’extrême gauche d’envergure et que dans ce pays, le vote protestataire s’exprime donc essentiellement par le biais du Parti libéral.

La gestion de la question des réfugiés par le gouvernement, un atout pour les populistes

Le thème des réfugiés, et plus largement des migrations, a dominé la campagne électorale, un sujet qui a certainement favorisé Norbert Hofer. L’Autriche, située sur l’une des routes principales reliant la Turquie – d’où viennent la majorité des réfugiés – à l’Allemagne – où ceux-ci aspirent à se rendre, est l’un des pays d’Europe qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés (9 000 000 personnes) proportionnellement à sa population (8,5 millions d’habitants). Le Parti libéral a vivement critiqué l’action du gouvernement autrichien et demandé une réduction drastique – voire un arrêt total – du nombre de réfugiés accueillis par Vienne.

Alors que depuis des années toutes les études montrent que l’électeur préfère toujours l’original à la copie, le gouvernement autrichien a choisi de s’aligner sur les positions des populistes et a récemment durci sa politique d’accueil. À la fin janvier, Vienne a achevé la construction d’une barrière de quatre mètres de haut et 3,7 kilomètres de long à sa frontière avec la Slovénie, le premier mur à être installé entre deux pays membres de l’espace Schengen.

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Le 27 avril dernier, sociaux-démocrates et populaires ont franchi un pas supplémentaire en votant à une large majorité plusieurs dispositions proches de celles en vigueur dans la Hongrie voisine de Viktor Orban.

Les demandeurs d’asile qui entreront en Autriche devront dorénavant prouver qu’ils ont été persécutés dans le pays par lequel ils sont arrivés sur le territoire de la République alpine. Cette disposition vise essentiellement l’Italie que Vienne accuse de ne pas contrôler ses frontières et de ne pas enregistrer les demandeurs d’asile qui passent sur son sol. Vienne souhaite pouvoir contrôler les personnes entrant sur son territoire aux frontières qui le séparent de la Hongrie et de l’Italie. Un « état d’urgence migratoire » permettra désormais de refouler les migrants souhaitant entrer en Autriche si les autorités du pays se considèrent dépassés. L’Autriche a fixé à 37 500 le nombre maximum de réfugiés qu’elle estime pouvoir accueillir cette année.

Désormais, les permis de séjour accordés aux réfugiés syriens, afghans ou irakiens seront temporaires. Au bout de trois ans, la situation de leur pays d’origine sera réexaminée. Si elle est jugée correcte, ils devront rentrer chez eux. Le regroupement familial sera également rendu plus difficile.

Le Parti libéral a voté contre les dispositions proposées par le gouvernement, exigeant des mesures encore plus strictes ; pour des raisons diamétralement opposées, les Verts ont fait de même et accusé le gouvernement de « mettre fin de facto au droit d’asile ».

Les questions d’immigration n’expliquent cependant pas à elles seules le vote du 24 avril dernier, pas plus que la crise financière et économique de la fin des années 2000 pouvait être vue comme la raison de la montée des formations populistes. Comme tous leurs homologues européens, les Autrichiens se servent des partis populistes pour exprimer un malaise plus large. Ils s’interrogent sur leur avenir et celui de leurs enfants et sur leur place dans le monde. Ils anticipent le fait que demain sera plus difficile qu’aujourd’hui et attendent de leurs dirigeants politiques une reconnaissance de leurs difficultés, des réponses à leurs problèmes et une vision politique. En vain.

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Le 22 mai prochain, Norbert Hofer devrait faire face à une large opposition, allant de la droite de gouvernement à la gauche en passant par les sympathisants de la candidate indépendante Irmgard Griss. La mobilisation des abstentionnistes du 24 avril (31,5%) pourrait décider de la victoire finale.

Jusqu’à aujourd’hui, la logique électorale a toujours fait que le vainqueur populiste du premier tour soit battu au deuxième. On notera cependant que le 22 mai prochain, Norbert Hofer ne sera pas opposé à un candidat d’un des deux principaux partis du pays (comme cela a toujours été le cas jusqu’à maintenant) mais qu’il affrontera le Vert Alexander Van der Bellen, ancien porte-parole écologiste sur lequel les reports de voix sont difficiles à anticiper. Enfin, dans le passé, les candidats populistes qui se qualifiaient pour le second tour de scrutin (vainqueurs des premiers tours ou non) avaient le plus souvent obtenu autour de 20% des suffrages. Le 24 avril dernier, Norbert Hofer a rassemblé plus d’un tiers des électeurs sur son nom contre un peu plus d’un cinquième pour Alexander Van der Bellen. Par conséquent, ce dernier doit rattraper un retard important pour s’imposer et succéder à Heinz Fischer à la présidence de la République autrichienne. En sera t-il capable ?

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