Par Éric Verhaeghe.

Crédits : Ron de Boom, CC-BY-NC-SA 2.0

L’ouverture du congrès annuel des maires de France, dont l’association est présidée par le chiraquien François Baroin, a donné lieu à un concert de pleurnicheries insupportables, dignes d’un enterrement sicilien ou mauresque et qui vous ferait passer la mort de Sardanapale pour un spectacle de Disney. En chœur, tous ces maires regrettent la baisse des dotations de l’État et accusent l’Union Européenne d’être responsable de cet appauvrissement. On a cru rêver en lisant la longue énumération des plaintes jaculatoires qui ont occupé la journée.

Un petit redressement des réalités s’imposait.

Des recrutements en veux-tu en voilà !

Les maires de France évitent bien entendu d’expliquer le revers de la médaille : leurs recrutements colossaux et mal gérés qui conduisent, depuis plusieurs années, à augmenter sans fin la part de la masse salariale dans les dépenses totales des collectivités. En 2009, les salaires des fonctionnaires représentaient 29% des dépenses. En 2015, cette part est passée à 33%, soit une hausse de près de 15% en six ans (de 67 à 80 milliards d’euros).

Une productivité du fonctionnaire laissée en jachère

À quoi servent ces recrutements incessants ? Les maires adorent affirmer qu’ils sont dus aux transferts de charge imposés par l’État. Toutefois, le rapport Laurent a récemment souligné l’absence de mesure du temps de travail réel dans la fonction publique. En réalité, les maires sont incapables de dire combien de temps travaillent exactement les fonctionnaires qu’ils recrutent.

Le rapport Laurent évoque notamment le cas d’une employée d’une petite commune qui travaille environ deux semaines de moins que la durée annuelle réglementaire :

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Source: rapport Laurent

Source: rapport Laurent

Il ne serait peut-être pas inutile que les maires commencent par manager leurs services et exigent de leurs fonctionnaires qu’ils travaillent au moins autant que la durée légale ne le prévoit… La baisse des dotations deviendrait sans doute un peu moins douloureuse.

Dans le cas cité ci-dessus, elle permettrait de baisser la masse salariale d’environ 5%, soit 4 milliards d’euros si l’on extrapole à l’ensemble de la fonction publique territoriale.

Une profusion d’intercommunalités

Si les maires ont beaucoup recruté ces dernières années, ils ont eu une bonne raison pour le faire : ils ont multiplié les strates d’administration dans leurs territoires, créant autant de nouvelles instances où des fonctionnaires sont indispensables pour rédiger des milliers de papiers, de formulaires, de notes, de réglementations absconses.

Au 1er janvier 2014, la France ne comptait pas seulement 36.000 communes. Elle s’était aussi dotée de 12.159 établissements publics de coopération intercommunale, tous plus complexes les uns que les autres (certains avec une fiscalité propre, d’autres non). Autrement dit, pour trois communes, la France compte une intercommunalité qui les chapeaute. Cette folie est la première explication de l’explosion des dépenses communales en France.

Le refus obstiné de la fusion a un prix

Le bon sens consisterait bien entendu à aligner la France sur les pratiques de ses grands voisins industrialisés, qui ont tous fortement diminué le nombre de leurs communes (400 en Grande-Bretagne, par exemple). Mais cette solution de bon sens, qui permet de diminuer fortement les coûts en mutualisant les services, revient à une dépossession des élus. Comment ? Moins d’élus en France ? Quelle horreur !

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La résistance farouche des élus à cette option de bon sens s’explique par la sempiternelle résistance des élites françaises au changement et à la perte de leurs privilèges.

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