Cette fois, c’est la dernière ligne droite. Lundi 6 juin au matin, direction et syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, SUD-Rail, UNSA et CFDT) se sont retrouvés à Paris pour une ultime réunion de négociation concernant le nouveau cadre social du secteur ferroviaire, dans un environnement loin d’être apaisé à quatre jours de l’ouverture de l’Euro de football.

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La CGT et SUD-Rail organisent au même moment un sixième jour de grève d’affilée (le onzième depuis le début de l’année) qui perturbe sérieusement le plan de transport de la compagnie. Selon la SNCF, six TGV sur dix, six TER sur dix, un Intercités sur trois et un Transilien sur deux devaient rouler en moyenne lundi.

Dans le même temps, les pouvoirs publics font monter la pression sur les grévistes. « Je souhaite que [le conflit social] soit réglé », a déclaré dimanche François Hollande, en évoquant les grèves à la SNCF et à Air France. « Personne ne comprendrait que les trains ou les avions (…) puissent empêcher le bon déroulement (…) du déplacement des spectateurs », a estimé le président de la République.

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« C’est maintenant qu’on gagne »

Ce week-end, Guillaume Pepy, le président du directoire de la SNCF, a par ailleurs jugé cette grève « incompréhensible pour les usagers », rappelant que ce mouvement avait déjà coûté 300 millions d’euros à l’entreprise publique. « Au bout de quatorze jours, les grévistes perdront la moitié de leur salaire en pure perte puisque leur régime de travail est maintenu », a précisé M. Pepy dans Le JDD.

Lundi matin, la direction de la SNCF a indiqué que le coût de la grève est de « plus de 20 millions d’euros par jour », trafic voyageurs et fret inclus. Ce montant prend en compte « les billets non vendus, les remboursements et les substitutions » de trains par des autocars, ainsi que le manque à gagner de l’activité de transport de marchandises.

La SNCF espérait au minimum 1,5 % d’économies de sa masse salariale avec le nouveau cadre social

Des arguments qui ne semblent guère atteindre les syndicats grévistes : « C’est maintenant qu’on gagne », martèle SUD-Rail, qui appelle à « faire blocage » à l’occasion du rendez-vous de lundi.

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Ce jour là, la direction de la SNCF devait présenter à la CGT, l’UNSA, la CFDT et SUD-Rail, un accord très proche du RH0077, l’ancien cadre de travail de l’entreprise publique. Le 28 mai, la CFDT, dans une moindre mesure l’UNSA, avait obtenu de la part du gouvernement la quasi-reconduction du texte. Cette concession les avait conduits à se retirer du mouvement de grève. Mise devant le fait accompli, la direction a fini par se ranger derrière le gouvernement. Le groupe ferroviaire a cependant tout tenté en coulisse pour obtenir des « compensations » de la part de l’Etat à cette reconduction de l’accord. La SNCF espérait au minimum 1,5 % d’économies de sa masse salariale avec le nouveau cadre social.

Sans ces économies, la compagnie se présente en mauvaise posture avant l’ouverture du marché du ferroviaire à la concurrence, prévue à la fin de la décennie. Elle sera moins compétitive que les opérateurs alternatifs, qui devront appliquer a minima la nouvelle convention collective ferroviaire, moins contraignante.

Adoucir la note

La CGT et SUD-Rail ont fait pression ces derniers jours pour rouvrir les négociations de cette convention de branche. En coulisse, la direction de la SNCF a également tenté cette manœuvre. Cependant, le 3 juin, Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux transports, a mis son veto à toute évolution de ce texte, mis à la signature des syndicats à partir du mercredi 8 juin.

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Si la CGT et SUD-Rail vont encore pousser pour obtenir des concessions supplémentaires sur le nouvel accord d’entreprise de la SNCF, la direction a désormais peu à leur céder. « Sur la table, il n’y a que l’accord », confirme un porte-parole. Sera-ce suffisant pour les faire sortir de la contestation ?

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Pour les amadouer, certains ont imaginé une autre mesure compensatoire. Selon la lettre professionnelle Mobilettre, la SNCF, la CGT et l’Etat pourraient s’entendre sur le financement d’une indemnité de départ à la retraite pour les salariés disposant du statut de cheminot. Aujourd’hui, un cheminot part à la retraite sans indemnité, alors que ses homologues du privé peuvent en bénéficier.

La nouvelle convention nationale du ferroviaire étendrait cette mesure à tous les cheminots. Conséquence, la SNCF devrait provisionner dans ses comptes 700 à 900 millions d’euros pour ses 150 000 cheminots. Intenable pour l’entreprise publique.

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Afin d’adoucir la note, l’indemnité pourrait être versée par la caisse de retraite de la SNCF. Mais cette caisse est en déséquilibre chronique : l’Etat verse chaque année 3,2 milliards d’euros à ce régime spécial. Y ajouter discrètement quelques dizaines de millions d’euros tous les ans, pour abonder les nouvelles indemnités de départ des cheminots, passerait quasiment inaperçu… Avec cette mesure, la CGT pourrait obtenir son « avancée sociale » afin de sortir de la grève. Le ministère des transports dément l’existence de cette mesure.

Annonces de Valls mercredi

Ce n’est qu’une des pistes discrètement discutées. L’Etat dispose d’autres possibilités. Manuel Valls devrait faire des annonces, mercredi 8 juin, sur l’évolution des financements de la SNCF ou de son endettement. Il étudie la manière d’alléger à moyen terme la dette du groupe public. Une telle mesure ne serait pas « coûteuse pour l’Etat », a assuré dimanche Michel Sapin, le ministre des finances.

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Sera-ce suffisant pour convaincre les syndicats de signer les accords ? L’UNSA et la CFDT, qui représentent plus de 30 % des voix aux élections, sont prêts à valider les deux accords. Mais la CGT et SUD-Rail pourront, s’ils sont unis, les dénoncer : ils représentent plus de 50 % des voix. « Vont-ils endosser cette responsabilité de dénoncer des textes d’un niveau inespéré avant la négociation ? », se demande un observateur.

Selon ses détracteurs, la CGT n’a pas intérêt à tout faire capoter, car elle pourrait au final tout perdre. Si la convention collective et l’accord d’entreprise sont remis en cause, les entreprises pourront se référer au « décret-socle », qui définit les droits minimaux des salariés du ferroviaire. Or, ces droits sont bien moins favorables que les textes aujourd’hui négociés.

Quant à M. Pepy, qui avait mis sa démission sur la table fin mai, ce ne serait plus d’actualité. Vendredi, il a assuré vouloir « rester à son poste, aux côtés de (ses) équipes, et à fond ».« Guillaume Pepy est à la tête de la SNCF et il restera à la tête de la SNCF tant qu’il le souhaitera », assurait pour sa part Michel Sapin, dimanche.