Par Philippe Bilger.

François Baroin crédits UMP photos (CC BY-NC-ND 2.0)

Il y a eu de multiples traîtrises en politique.

Nicolas Sarkozy abandonnant Jacques Chirac pour Édouard Balladur, Jacques Chirac faisant battre Valéry Giscard d’Estaing au second tour de l’élection présidentielle en 1981, Éric Besson offensé par Ségolène Royal rejoignant en urgence l’équipe de Nicolas Sarkozy en 2007, Emmanuelle Cosse devenant ministre sans prévenir EELV, Jacques Chirac prenant le parti de Valéry Giscard d’Estaing contre Jacques Chaban-Delmas, et ainsi de suite. L’Histoire serait longue de ces glissements, de ces ruptures ou de ces reniements.

Domination des intérêts personnels

Ils nous choquent la plupart du temps car sous l’apparence des idées et la force prétendue des convictions, les intérêts personnels dominent. Il nous est insupportable de deviner la vérité nue et l’ambition éclatante derrière les beaux discours et les postures éthiques.

Pour les exemples que j’ai cités, nous connaissons tous les justifications que ces transfuges ou ces tacticiens ont invoquées pour que la vie publique ne les retienne pas exclusivement pour des traîtres, des manœuvriers vulgaires et égoïstes mais surtout comme des personnalités lucides ayant su choisir, pour la France, la cause qui convenait, l’homme qu’il fallait.

Aujourd’hui, du temps a passé et plus personne n’est réellement dupe : sous la politique, il y avait d’abord soi.

Depuis que nous suivons de près le parcours d’un François Baroin qui, après un long silence, est devenu le président de l’Association des Maires de France (AMF), on se trouve face à un itinéraire, une volonté et une personnalité sans équivoque : il faut faire battre Alain Juppé.

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François Baroin avec Nicolas Sarkozy

François Baroin a officiellement déclaré son adhésion à Nicolas Sarkozy pour la primaire LR.

Il y a quelques mois il avait eu le culot d’affirmer que les Français attendaient impatiemment en 2017 un nouveau duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Cette absurdité de pure complaisance a été vite balayée.

Pourquoi le maire de Troyes n’entre-t-il cependant pas dans la catégorie des caricatures auxquelles j’ai fait allusion et qui tentaient de faire passer pour des concepts ce que leur subjectivité impérieuse leur conseillait ?

Parce que François Baroin n’a jamais dissimulé, hier comme aujourd’hui, ce qui sur le fond le séparait de Nicolas Sarkozy et qui n’est pas mince.

Parce que François Baroin n’a jamais cherché à démentir l’information selon laquelle Nicolas Sarkozy le nommerait Premier ministre en échange de son important soutien et de son influence que le second juge déterminante.

Parce que François Baroin s’est ouvertement expliqué à plusieurs reprises sur le fait que Juppé lui inspirait une hostilité inexpiable depuis qu’il l’avait limogé du gouvernement en 1995 et qu’il ne l’avait pas appuyé pour Bercy en 2011.

Parce que François Baroin, depuis le début, joue franc-jeu et que loin de déguiser ce qui le meut, il l’explicite. Au lieu d’occulter ses ressorts intimes, il les met en évidence presque avec fierté, tant le cynisme disparaît dès lors que le double langage du noble affiché mais du sordide occulté s’efface au profit de considérations transparentes fondées sur le seul ressentiment et le profit escompté.

En contradiction avec Chirac

Cette démarche de François Baroin, éclatante, est d’autant plus surprenante de sa part – donc irrésistiblement poussée par son for intérieur – qu’elle le met en contradiction avec Jacques Chirac qui a été pour lui, à la suite de la mort de son père, une sorte d’autorité bienveillante, chaleureuse et efficace. François Baroin d’ailleurs n’a jamais caché ni sous-estimé ce lien.

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Quand on sait ce que Nicolas Sarkozy a fait subir à son mentor, presque son père spirituel, il faut admettre que sa haine de Juppé compte davantage que sa fidélité à Jacques Chirac.

François Baroin va, dans le camp de Nicolas Sarkozy, se retrouver aux côtés d’ambitieux de haute volée comme Laurent Wauquiez. Ils n’auront pas l’impudeur tranquille de François Baroin pour nous communiquer leurs motivations profondes. Ils se réfugieront derrière la droite contre la gauche.

Si je fais un sort à François Baroin, cela tient d’abord au constat qu’en général, derrière l’idéologie et les options politiques, une personnalité, ses humeurs, ses forces ou ses faiblesses veille et inspire. François Baroin met cartes sur table et refuse tout simulacre. Sa détestation de Juppé, ses blessures de 1995 et de 2011 sont présentes, exacerbées. Elles prennent encore toute la place.

Je crois aussi qu’une forme d’immaturité politique pourrait m’être reprochée précisément parce que j’ai sans doute toujours surestimé les tendances intimes, la psychologie, les élans personnels au détriment de la superstructure des idées et des programmes. En même temps, de plus en plus, l’électeur choisit un homme ou une femme davantage qu’un président : le statut de celui-ci ne dissimule plus sa réalité humaine. Pour le meilleur comme pour le pire.

Alain Juppé et son équipe disent ne pas avoir peur de François Baroin. Au moins ils ne pourront pas lui reprocher, dans un monde qui cultive l’hypocrisie comme une obligation tactique, une franchise quasiment suicidaire si l’avenir tourne mal pour son champion élu non pas pour lui mais contre un autre.

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Mais battre Juppé, ce n’est Baroin !

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