Par Marc Lassort.
Un article de l’IREF-Europe

Adam Smith By: jon jordanCC BY 2.0

Le FMI, souvent accusé d’être l’officine internationale du néolibéralisme, du consensus de Washington et des politiques d’austérité, cherche apparemment à redorer son image dans un article de trois économistes influents de son département de recherche où ils attaquent frontalement ce qu’ils appellent « l’agenda néolibéral », qui serait « survendu ». Si le terme de néolibéralisme ne veut pas dire grand-chose, l’histoire économique récente ne va clairement pas dans leur sens : les inégalités régressent et jamais la pauvreté n’a connu un tel recul dans l’histoire.

Selon le FMI, les politiques néolibérales reposent sur deux éléments : (I) l’intensification de la concurrence, en poursuivant des réformes visant à la déréglementation de l’activité et à l’ouverture des marchés domestiques à la concurrence étrangère, et (II) la limitation de l’intervention étatique, en multipliant les privatisations et en cherchant à réduire les déficits budgétaires et la dette publique. La thèse principale de l’article est que sans apporter la croissance promise, le néolibéralisme n’aurait fait qu’accroître les inégalités tout en aggravant la persistance des crises financières qui viendraient empêcher l’expansion durable de l’économie.

Le recul de la pauvreté et des inégalités mondiales des revenus

Pourtant, même les auteurs reconnaissent au détour d’une phrase que jamais la pauvreté n’a autant reculé que depuis les années 1980. Selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1,9 $ par jour) serait passé de près de 2 milliards en 1990, à 702 millions en 2015, soit de 37,1 % à 9,6 % de la population mondiale en seulement 25 ans dans un contexte de croissance démographique exponentielle.

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De plus, l’économiste espagnol Xavier Sala-i-Martin, reconnu comme un spécialiste international de l’économie de développement, a montré que les inégalités de revenus ont énormément diminué depuis les années 1970, à la fois entre les pays et entre les hommes. Ces recherches sont également confirmées par Glenn Firebaugh, un des plus grands chercheurs sur les inégalités de revenus : il a montré que les inégalités mondiales de revenus entre les individus décroissent à l’échelle mondiale depuis les années 1970 malgré une hausse des inégalités entre les individus d’un même pays.

La principale erreur des chercheurs sur les inégalités consiste à ne pas pondérer les données en fonction de la population des pays. Ainsi, la baisse considérable de la pauvreté en Chine et en Inde, les deux pays les plus peuplés du monde, a entraîné une chute importante des inégalités de revenus entre les pays et entre les hommes au niveau mondial. Enfin, les pays les moins inégalitaires du monde sont quasi-exclusivement des économies de marché dynamiques, ouvertes à la concurrence internationale, avec un marché du travail flexible et un degré relativement faible d’intervention de l’État dans l’économie (pays scandinaves, Autriche, Pays-Bas, Allemagne, etc.).

Ce succès remarquable de l’économie mondiale est principalement le résultat de l’ouverture des économies à la concurrence internationale, de la suppression progressive des restrictions sur les flux internationaux des capitaux, de la déréglementation du marché des biens et des services et du renforcement de l’État de droit et des droits de propriété privée. Alors que la pauvreté est en phase d’être définitivement éradiquée (objectif de la Banque mondiale d’ici 2030), ce dont le socialisme n’aurait jamais pu se targuer, on peut affirmer définitivement que non, le capitalisme libéral n’est pas survendu. On pourrait même dire qu’il manque de reconnaissance.

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Les effets contrastés de l’austérité

Restent les critiques sur l’austérité et la récurrence des crises financières. La consolidation budgétaire serait susceptible, selon le FMI qui fait volte-face sur le sujet depuis quelques années, d’accroître les récessions économiques et de ralentir le processus de reprise économique. Plusieurs critiques peuvent être émises à cette analyse :

1. Comme l’ont montré Alesina et Giavazzi, les politiques d’austérité ont un effet récessif surtout lorsque la réduction du déficit budgétaire passe par des augmentations de la pression fiscale, car la fiscalité a un rôle incitatif majeur sur les comportements. Mais les réductions de dépenses publiques ont des effets globalement positifs. Cela s’explique car les hausses d’impôt réduisent la production globale en détournant les ressources de leur allocation optimale. Mais le niveau élevé des dépenses publiques a souvent des effets négatifs sur la croissance de long terme car celles-ci détournent les ressources du secteur privé vers des activités inefficientes ou peu rentables.

2. Une croissance économique ne peut être durable dans un contexte de déficits budgétaires élevés. Il existe une relation importante entre un niveau faible de dette publique et de déficit budgétaire et un niveau élevé de croissance économique : si des coupes drastiques dans la dépense publique et des réformes structurelles profondes peuvent entraîner une récession limitée dans le temps, elles assurent une croissance plus élevée et durable sur le long terme. L’économie a besoin de temps pour assurer la réallocation de l’emploi et de l’activité du secteur public vers le secteur privé. Comme l’ont montré les exemples du Royaume-Uni, de la Lettonie, de l’Irlande ou de l’Espagne, la consolidation budgétaire intensifie la croissance économique de long terme, surtout lorsqu’elle est accompagnée de réformes structurelles, notamment dans le marché du travail ou dans la réduction du secteur public.

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3. Une politique libérale signifie avant tout concentrer l’effort sur les réformes structurelles, l’ouverture des marchés à la concurrence internationale et le renforcement de l’État de Droit et de la liberté économique.

Quant au cycle économique, comme les libéraux le soulignent souvent, notamment au sein de l’école autrichienne, mais aussi de l’école de Chicago, les crises financières et bancaires sont principalement dues à la politique monétaire des banques centrales qui favorise des instabilités profondes en distordant la structure des prix relatifs et les taux d’intérêt naturels. La littérature libérale sur le sujet est pléthorique, sans doute la plus documentée dans la science économique : le FMI devrait peut-être en prendre connaissance avant d’affirmer de telles inepties sans comprendre les causes des cycles.

Rappelons donc au FMI, qui semble l’avoir oublié, que le libéralisme n’est pas la loi de la jungle. C’est une école de pensée qui donne une place importante au droit et aux institutions protégeant la liberté d’entreprise, les contrats et les droits de propriété contre les abus, la fraude et la violence. On ne peut pas survendre le libéralisme lorsqu’on le comprend bien.

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