Par Dominique Mercier.
Un article d’Emploi-2017

Business By: Kevin DooleyCC BY 2.0

Assiste-t-on à la fin du capital-risque américain ? Si d’après les experts, il reste un modèle possible pour une minorité de startups, il n’est pas le modèle idéal pour la majorité d’entre eux, desservant à la fois et les intérêts de l’entrepreneur et les intérêts des investisseurs. Ceci explique que de nouveaux modèles émergent, ainsi que l’explique plusieurs articles1 du Wall Street Journal que nous résumons ici.

Contre le modèle du capital-risque classique

De plus en plus, les gens reviennent du modèle du capital-risque classique, modèle qui n’a pas évolué depuis 50 ans et qui, s’il a très bien fonctionné pour certaines startups telles que Google, Uber, ext, il montre aujourd’hui ses limites. On a en effet généralisé un modèle qui ne fonctionne que sur un type précis d’entreprise, c’est-à-dire des entreprises innovantes qui vont connaître très vite le succès et une forte croissance, étant entendu que dans le business model des capitaux-risqueurs il faut récupérer ses parts au plus tard au bout de dix ans.

Du coté des entrepreneurs, une levée de fonds auprès du capital-risque représente souvent le saint Graal, le sceau du succès apposé sur leur entreprise, une sorte de pouvoir magique. Une fois le capital à leur disposition, ils investissent alors des sommes considérables pour gagner des parts de marché et grossir le plus possible, ce qui amène la nécessité d’un nouvel appel de fonds. Mais trois ans plus tard, les fondateurs regardent en arrière et font le bilan : ils dirigent une entreprises ayant 45 salariés mais pas de business model véritable, ils ne détiennent que 4,5% des parts et ils se demandent ce qui leur est arrivé. La pression des investisseurs les pousse à se tuer à la tâche, à tenter de créer la nouvelle « licorne » à un milliard de dollars…

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Des bulles dans les entreprises

La conséquence de cela c’est qu’on constate aujourd’hui des bulles dans les entreprises non cotées, qui apparaissent comme des réussites mais dont le probable éclatement va avoir des conséquences psychologiques extrêmement néfastes. Certains comparent l’époque actuelle aux années 2000, prédisant qu’il y aura bientôt une explosion en plein vol de beaucoup des dites licornes. Aujourd’hui ce sont en effet près de 145 entreprises américaines dont la valorisation dépasse un milliard de dollars : elles ont dépensé sans compter l’argent du capital-risque qui coulait à flot, profitant de la crainte des capitaux-risqueurs de manquer le Google de demain, mais aboutissant à des valorisations déconnectées de la réalité.

C’est pour ces différentes raisons que se développe aujourd’hui un mode de financement alternatif2 pour les startups, où les entrepreneurs lèvent des fonds sans que cela soit des participations en capital, ou plus précisément, ces fonds ne sont convertibles en actions que si l’entreprise est vendue ou entre en bourse. Dans d’autres cas les apporteurs de fonds se rémunèrent en prenant après un certain temps un pourcentage de la rémunération des fondateurs. In fine, ces arrangements peuvent davantage convenir à la fois aux entrepreneurs et aux investisseurs. Et surtout, cela permet à l’entreprise de grandir à son rythme.

Aujourd’hui encore les levées records du capital-risque américain sont trompeuses. D’après les déclarations des professionnels du secteur, ils savent que leurs jours sont comptés et c’est précisément pourquoi ils amassent de l’argent tant qu’il est encore temps, c’est-à-dire avant que les entreprises investies commencent à chuter, amorçant l’évaporation de leurs actifs et la fuite de leurs clients. Les investisseurs ayant perdu leur argent seront en effet réticents à le réinvestir ailleurs, et leur peur se propagera aux autres investisseurs.

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C’est vraisemblablement cette situation qui entraînera le développement des modes de financements alternatifs…

 

  1. Christopher Mims, Venture capital and its discontents, Wall Street Journal, 31 mai 2016 et Christopher Mims, This Tech Bubble Is Bursting, Wall Street Journal, 2 Mai 2016.
  2. Christopher Mims, Venture capital and its discontents, Wall Street Journal, 31 mai.



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