Les villes de Cleveland et de Philadelphie se préparent à accueillir, fin juillet, respectivement, les conventions d’investiture du républicain Donald Trump et de la démocrate Hillary Clinton. Dans cette perspective, les deux municipalités prennent d’ores et déjà des mesures sécuritaires, anticipant des milliers de manifestants qui chercheront à se faire entendre à cette occasion. Leur budget sécuritaire est évalué à presque 100 millions de dollars.

Le centre-ville de Cleveland, où les délégués républicains se rassembleront du 18 au 21 juillet pour désigner Donald Trump, se remplira ainsi bientôt de kilomètres de barrières métalliques et de policiers suréquipés, grâce à 50 millions de dollars alloués par l’Etat fédéral.

La convention républicaine pourrait être contestée à l’intérieur par des délégués rechignant à soutenir Donald Trump, elle le sera très probablement dehors. A Cleveland, seuls les délégués, les invités et les journalistes pourront pénétrer dans le saint des saints, un périmètre sécurisé par les policiers du Secret Service autour de la Quicken Loans Arena.

La ville a aussi décrété une zone très large, de 8,5 km2 dans laquelle les manifestations seront interdites, sauf dans les lieux désignés. C’est là que les nombreux groupes opposés à Donald Trump, des militants antiracistes, une association opposée au nucléaire ou encore des partisans du républicain pourront défiler ou se rassembler.

Des policiers équipés de masque à gaz, lors d’une série d’émeutes à Ferguson, le 25 novembre 2014.

Un seul parcours de manifestations

Comme lors des précédentes conventions, les associations se plaignent de l’éloignement de ces emplacements. Un seul parcours de manifestations a été autorisé, qui passe à plus de 300 mètres de la convention et aboutit dans une zone industrielle.

« On ne conteste pas le fait qu’il y ait des questions de sécurité, annonce Christine Link, directrice de l’association américaine de défense des droits civiques ACLU de l’Ohio, qui a assigné la ville en justice. Mais nous estimons que les premier et quatrième amendements de la Constitution n’ont pas à être piétinés pour assurer la sécurité », précise-t-elle en se référant au droit à la liberté d’expression et aux protections contre les perquisitions et fouilles excessives.

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Car à l’intérieur de cette grande zone urbaine, une longue liste d’objets sera interdite : armes blanches, pistolets à air comprimé, drones, aérosols… mais aussi glacières, gros sacs à dos et balles de tennis. Les armes de poing, en revanche, resteront autorisées car les républicains, au pouvoir dans l’Ohio, estiment qu’il s’agit d’un droit constitutionnel.

Avec ou sans autorisation, des manifestants de tout le pays convergeront pour protester contre Donald Trump. Une marche est par exemple coorganisée sans permis par Susan Schnur, une militante antiraciste. Y a-t-il un risque de débordements ? « Si des jeunes gens se battent, je les soutiendrai. Si je me fais arrêter, je serai prête », annonce-t-elle.

Débat sur la militarisation de la police

Le Washington Post évoque la possibilité de voir la police utiliser le Long Range Acoustical Device (LRAD, ou canon à son), déjà été utilisé à Pittsburg, en septembre 2009, pendant les manifestations contre le sommet du G20.

Les Américains ont découvert les images de policiers américains juchés sur des véhicules blindés, fusils d’assaut pointés sur des civils lors des violentes manifestations de Ferguson en août 2014 après la mort de Michael Brown. Ces images ont marqué les esprits et relancé le débat sur la militarisation excessive de la police américaine.

Le Washington Post détaille la liste des matériels achetés et rendus publics par la ville de Cleveland : des uniformes et équipement pour 2 000 policiers antiémeutes, 2 000 matraques télescopiques, 3,7 miles (près de 6 km) de barrières métalliques, 10 000 menottes en plastique jetables, etc.

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Rassemblement des partisans de Bernie Sanders

Chez les démocrates, les festivités seront agrémentées de grands rassemblements de partisans de Bernie Sanders, le perdant des primaires contre Hillary Clinton, dans le parc qui fait face au Wells Fargo Center de Philadelphie, où aura lieu la convention du 25 au 28 juillet.

La veille de l’ouverture, un défilé écologiste et contre la fracturation hydraulique, ainsi qu’une marche pro-Sanders auront lieu. Le sénateur du Vermont, qui ne s’est pas techniquement retiré de la course, pourrait même y participer.

Comme à Cleveland, la police, forte de 6 100 fonctionnaires, recevra le renfort de services de police voisins, et le coût du dispositif sera assumé par l’Etat fédéral à hauteur de 43 millions de dollars.

La ville a délivré des permis aux manifestants, mais certains ont vu leur demande rejetée. Afin d’éviter le spectacle passé d’arrestations collectives, le conseil municipal a adopté un arrêté pour infliger des amendes de 100 dollars aux manifestants qui, par exemple, refuseraient de se disperser, afin de leur éviter d’être placé en détention. Mais au besoin, la vieille prison en étoile de Holmesburg sera rouverte.

« Nous devons évidemment nous préparer au pire, mais nous prenons toutes les mesures pour l’éviter », insiste une porte-parole du maire, Lauren Hitt, qui souligne que Philadelphie a géré des événements bien plus grands, comme la visite du pape François en septembre dernier.