Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

Révolution blockchain : la France ne doit pas rater le coche ! By: BTC KeychainCC BY 2.0

La blockchain permet d’échanger de la valeur ou d’enregistrer des informations sécurisées. Pour Clément Jeanneau, co-fondateur du site  « blockchainfrance », « la blockchain est à la transaction ce qu’internet fut à la communication et à l’information ». Dans son ouvrage, La blockchain décryptée : les clefs d’une révolution, l’auteur veut corriger un déséquilibre. Celui de la profusion de ressources anglophones sur le sujet, face à une recherche française encore discrète sur le sujet. Un retard, que le site « blockchainfrance », lancé en septembre dernier par Claire Balva , Alexandre Stachtchenko et Antoine Yeretzian, vise également à rattraper. Et si l’écosystème anglo-saxon produit davantage, la France semble déterminée à ne pas rater le coche d’une révolution qui va profondément transformer notre façon d’échanger.

Des articles didactiques, pour défricher un terrain encore peu connu.

La « blockchain » reste, pour l’essentiel, associée au bitcoin, mais ses déclinaisons et ses applications sont infinies.  Dans leur décryptage, les contributeurs du site identifient trois usages principaux de la blockchain : des applications pour le transfert d’actifs (monétaires, mais pas uniquement : titres, votes, actions, obligations…). Des applications en tant que registre, pour assurer une meilleure traçabilité des objets. Des pays en voie de développement utilisent cette seconde fonctionnalité dans leur gestion cadastrale,  par exemple. Et enfin, les « smart contracts »,  ces programmes autonomes qui exécutent automatiquement les conditions et termes d’un contrat, sans nécessiter d’intervention humaine, une fois démarrés.

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Des solutions « blockchain » sont déjà exploitées par les startups.

C’est le cas d’ « Everledger », une startup fraîchement sortie de l’accélérateur Allianz Riviera à Nice. L’entreprise propose d’enregistrer des diamants sur la blockchain, afin d’en garantir l’origine et la traçabilité. Une démarche qui pourrait être à l’ensemble du secteur du luxe, soucieux de lutter contre la contrefaçon et le marché noir. Les domaines d’exploitation sont infinis : à l’occasion d’un hackathon santé, la startup« Block Pharma » s’est illustrée grâce à son projet de certification de médicaments et ordonnances sur la blockchain. Leurs objectifs : lutter contre la contrefaçon des médicaments en vente sur internet et la sécurité des données médicales des patients.

En France et à l’international, la révolution blockchain rencontre aussi des résistances.

Des limites d’ordre technique tout d’abord : sur la blockchain, on ne peut pas dépasser sept transactions par seconde, lorsque 2000 transactions par seconde peuvent être réalisées sur le réseau visa. Les entraves sont également d’ordre culturel : l’utilisation des crypto-monnaies doit encore se démocratiser et toucher un public plus large. « Il y a aussi des limites en terme d’expérience utilisateur » ajoute Clément Jeanneau, «  nous prenons souvent l’exemple chez blockchainfrance de l’invention d’internet avant celle du web, c’est-à-dire avant l’invention des navigateurs et des liens hypertextes. Voilà où exactement nous en sommes. C’est un peu la situation d’internet au début des années 90 : il manque encore des couches explicatives, qui permettront l’utilisation de la blockchain par tout-un-chacun. Et nous pouvons même aller jusqu’à dire que la blockchain aura réussi son implantation lorsque nous l’utiliserons sans même le savoir ».

En France est en bonne place dans le développement de la blockchain.

Les publications sur la blockchain ne sont pas encore légion mais la classe politique française s’intéresse déjà au sujet. Des journées parlementaires étaient d’ailleurs consacrées à la question le 24 mars dernier. Des amendements ont même été déposés : l’un porté par le gouvernement, deux autres par le groupe les Républicains. Les entreprises aussi s’intéressent à la blockchain, et se lancent dès à présent dans des POC des « proof of concept ». Une dynamique de fond est en marche et elle transcende les secteurs public et privé.

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L’impulsion publique est-elle aussi importante que celle des startups ?

« Les pouvoirs publics reconnaissent déjà l’importance de la blockchain, mais  ils doivent encadrer et légiférer, sans enfermer son potentiel de développement, en partenariat avec les entrepreneurs, les chercheurs » ajoute Clément Jeanneau. Et légiférer sur la blockchain n’est pas une mince affaire : car la loi applicable à la chaîne est la loi désignée par les parties (sauf si des consommateurs peuvent se prévaloir de leur droit national dans le cas où des dispositions essentielles du contrat sont accomplies dans leur pays de résidence). Dans la pratique, qu’il s’agisse de chaînes privées ou publiques, les acteurs du secteur craignent que la loi retenue par les parties soit le droit américain, le droit Californien, c’est-à-dire le droit du lieu où les principaux acteurs de la chaîne sont implantés.

Le défi de la blockchain est multiple : un challenge autant technique, financier, que juridique. Toutefois, les incidences du contrôle juridique de la chaîne ne sont pas encore pleinement envisagées par les acteurs. Elles seront pourtant lourdes de conséquence : ne pas saisir l’ampleur de la révolution en cours, c’est aussi courir le risque d’une perte de souveraineté, pour les entreprises autant que pour les États.

Pour aller plus loin :

« La blockchain, ou la confiance redistribuée », note de la Fondapol, S. Soudoplatoff, Y. Caseau.

« La blockchain, une révolution qui va changer le monde », la tribune.fr

« La blockchain, une révolution ambivalente », les échos.fr

« La blockchain, cette technologie qui pourrait changer nos vies et que la France ne doit pas rater », wedemain.fr

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Programme des rencontres parlementaires sur la blockchain.

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