La reporter du « Sunday Times » avait péri dans un bombardement à Homs, en même temps que le photographe français Rémi Ochlik.

La famille de la journaliste américaine Marie Colvin, tuée dans un bombardement à Homs en 2012, a porté plainte contre le régime syrien de Bachar Al-Assad, samedi 9 juillet aux Etats-Unis, l’accusant de l’avoir tuée « délibérément et avec préméditation ».

Selon la plainte déposée devant un tribunal à Washington, l’armée syrienne a intercepté les communications de la journaliste du Sunday Times avant d’envoyer un déluge de bombes sur le lieu où elle se trouvait, un appartement transformé en centre de presse dans le quartier rebelle de Bab Amr. Le photographe français Rémi Ochlik avait également péri dans ce pilonnage survenu le 22 février 2012. Le photographe britannique Paul Conroy, la journaliste française Edith Bouvier et le traducteur syrien Wael Al-Omar avaient été blessés.

L’accusation repose sur des documents officiels interceptés et le récit de transfuges. Elle vise plusieurs responsables syriens dont le frère de Bachar Al-Assad, le général Maher Al-Assad. Après avoir eu la confirmation de la présence de Marie Colvin par un informateur, l’artillerie syrienne a « délibérément lancé des salves de roquettes et de mortiers sur le centre de presse », avec des « tirs de plus en plus concentrés », affirment les plaignants.

Ce bombardement a été le « fruit d’une conspiration » menée par des responsables syriens pour « surveiller, cibler et enfin tuer des journalistes afin de faire taire les médias locaux et internationaux et écraser la contestation politique ».

Le lendemain des faits, le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait dénoncé des « assassinats », assurant « tenir les autorités syriennes pour responsables ».

En France, « l’instruction n’a guère avancé »

Selon Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), « cette procédure légale démontre que des actions sont possibles pour mettre fin à l’impunité des responsables de crimes contre les journalistes ».

« RSF espère que ces efforts aideront à faire éclater la vérité à savoir que ces journalistes ont été délibérément ciblés et tués parce qu’ils diffusaient des informations sur les crimes de l’armée syrienne contre les populations civiles. »

RSF est également partie civile depuis 2013 dans l’information judiciaire ouverte à Paris pour « homicide involontaire » sur Rémi Ochlik et « tentative d’homicide » sur Edith Bouvier. « Malgré les efforts de la juge d’instruction du pôle crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’instruction n’a guère avancé », déplore RSF.

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