Par Youri Chassin.

Surplus d’impôts By: Rex RoofCC BY 2.0

La nouvelle a fait grand bruit : le Québec est en surplus budgétaire. Alors qu’on a encore en tête les problèmes de patates en poudre et autres histoires d’horreur dans les réseaux publics, les surplus budgétaires annoncent pour certains ce qu’ils nomment un « réinvestissement », c’est-à-dire de nouvelles dépenses publiques.

Entendons-nous, il y a des cas choquants, et nombreux, qui illustrent les services médiocres obtenus dans les établissements de santé et d’éducation du Québec. Les syndicats et les gestionnaires jettent le blâme sur le manque de financement. À les croire, il s’agit de saupoudrer un petit million par ci et un petit million par là pour que tout s’arrange.

Ce dont on entend moins parler, ce sont les drames humains et quotidiens des Québécois qui tirent le diable par la queue, qui n’arrivent que difficilement à joindre les deux bouts, qui n’ont pas de coussin financier et dont le revenu disponible recule en raison d’un fardeau fiscal toujours plus lourd. Ces petites misères quotidiennes qui touchent des milliers de gens se vivent en privé, loin du débat public, alors on a tendance à les oublier.

Le retour au déficit zéro s’est fait essentiellement grâce aux contribuables à qui on a serré la vis. Les dépenses ont augmenté d’année en année, pour un total de 1,3 milliard de dollars depuis deux ans, essentiellement pour payer les hausses de salaire des fonctionnaires, comme le soulignait fort justement Michel Hébert. Le chroniqueur rappelait aussi que les taxes, tarifs et impôts, pendant les mêmes deux ans, ont bondi de 4,4 milliards de dollars.

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Face à des surplus, on pourrait croire que la pression fiscale irait en se relâchant ! C’est ce qu’a laissé entendre un très court moment le ministre des Finances. Mal lui en pris. Tout à coup, le surplus déplaît à plusieurs chroniqueurs et éditorialistes.

Brigitte Breton, dans un éditorial du Soleil, souligne qu’« il aurait été indécent de faire miroiter des baisses d’impôts » compte tenu des sacrifices imposés. On s’imagine qu’elle pense aux « sacrifices » imposés aux services publics, pas à ceux subis par les payeurs d’impôts.

Claude Villeneuve répète la même rengaine dans Le Journal aujourd’hui, qualifiant les surplus d’indécents. S’il y a un surplus, c’est forcément qu’on a trop coupé.

Le Premier ministre ne parle plus de baisses d’impôts, tout à coup, mais des priorités de son gouvernement que sont la santé et l’éducation. La logique est implacable : on atteint des surplus après avoir pressé le contribuable comme un citron pendant 8 ans et soudain on se penche sur les nouvelles manières de dépenser cet argent.

La promesse électorale du PLQ, soit d’utiliser les surplus pour diminuer la dette et les impôts, sera-t-elle évacuée aussi facilement ? La promesse que toute dépense publique sera financée à partir de réductions d’autres dépenses, en établissant des priorités, sera-t-elle brisée ? J’ose espérer qu’on ne peut renier des promesses centrales de la dernière campagne électorale avec autant de légèreté.

Je pense aux centrales syndicales qui entreront certainement dans la mêlée pour tirer la couverture de leur bord. Après avoir dénoncé les coupures et « l’austérité », qui permettait uniquement de payer les conventions collectives qu’elles avaient négociées, j’ose espérer un tantinet de décence et de retenue.

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Je pense à mes concitoyens qui sont mal en point, qui triment dur sans vraiment que leur sort ne s’améliore, et qui n’espèrent vraiment plus grand-chose de leur gouvernement. Et j’ose espérer qu’on entende quelque part leurs voix étouffées, eux qui n’ont pas l’avantage de faire partie d’un puissant lobby ni le temps de faire des manifestations.

Viendra-t-on en aide à ceux qui ont payé ce fameux surplus budgétaire de leurs poches et qui regardent, ahuris et incrédules, les groupes organisés se déchirer pour savoir où le dépenser ?

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