Le jeu vidéo « Life is Strange » prochainement adapté en série TV !

D’une certaine manière, c’est ce qui s’appelle boucler la boucle. L’éditeur de jeu Square Enix vient d’annoncer avoir noué un accord avec Legendary Pictures qui mettra prochainement sur pied une adaptation du jeu à épisodes Life is Strange sous forme de série TV Live.

Développé par une petite équipe d’une cinquantaine de personnes au sein du studio français Dontnod, le jeu d’aventures Life is Strange est sorti sous forme épisodique de janvier à octobre 2015, date de sortie du cinquième et dernier épisode.

Bénéficiant d’une direction artistique très inspirée, Life is Strange relate l’histoire de Max Caulfield, une adolescente se découvrant le pouvoir de remonter et manipuler le temps, et celle de son amie d’enfance Chloé Price, unies pour le meilleur comme pour le pire. Irrigué dans sa forme et son fond par l’influence du cinéma indé US, celui de Gus Van Sant ou Jeff Nichols et son Take Shelter notamment (mais pas que !), ainsi qu’un modèle de narration emprunté aux séries TV, le jeu de Dontnod est non seulement une superbe méditation sur le temps qui passe et même sur l’appréhension de la mort et le travail de deuil, mais aussi une magnifique chronique douce – amère des années lycées, de l’adolescence, cette période où notre vie se façonne parfois douloureusement, tandis que l’on s’achemine vers l’âge adulte.

Ci-dessous, la bande-annonce du jeu…

Remarquablement écrit, nimbé d’un ton mélancolique et nostalgique renforcé par une fantastique bande-son en partie composée par Jonathan Morali avec son groupe Syd Matters, Life is Strange a incontestablement été une des révélations vidéoludiques de l’année 2015 et a ému des millions de joueurs à travers le monde. Petit cadeau et initiative bien sympathique en prime, Square Enix a décidé la semaine dernière de rendre le premier épisode du jeu totalement gratuit, sur toutes les plateformes. Un bon moyen de tester le titre et de vous faire un avis.

« C’est un titre qui touche les gens profondément, et de tous les âges » expliquait dans un entretien accordé au site du Monde Oskar Guilbert, cofondateur et dirigeant du studio Dontnod. « On nous a même envoyé une vidéo où des joueurs d’une vingtaine de nationalités se sont filmés sur Skype, et nous ont dit “merci” dans leur langue, en polonais, en arabe, en anglais… J’avais les larmes aux yeux. C’est un vrai phénomène générationnel ». Des fans ont même tenté de financer via Kickstarter le développement d’une suite, avant que Square Enix ne siffle la fin de la récréation et fasse valoir ses Droits sur le jeu, dont il possède la propriété intellectuelle.

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Histoire d’évoquer un peu ce projet de future série, nous avons pu nous entretenir en exclusivité par téléphone avec Raoul Barbet, le Game Director du jeu; et Michel Koch, le directeur artistique et co-directeur du jeu.

AlloCiné : Avec cette annonce, on a finalement l’impression de boucler la boucle, ou disons, de faire une sorte de retour aux sources; le jeu empruntant énormément aux séries TV…

Raoul Barbet & Michel Koch : On a fait une poignée d’interviews avec d’autres médias juste avant, mais aucun n’avait fait cette remarque plutôt bien vue ! Le Deal est encore tout frais, il vient de se faire. C’est effectivement un retour vers notre source d’inspiration principale. Peut-être qu’on aura l’adaptation en jeu de la série tirée du jeu, qui sait ? (rires) Plus sérieusement, c’est gratifiant. Quand on a commencé à travailler sur Life is Strange, on est pas parti de grand chose, on ne savait pas du tout à quel point ca allait marcher. Puis on a constaté au fur-et-à-mesure des épisodes qu’on touchait un public de plus en plus large, un cercle de critiques qui grandissait; la satisfaction de voir aussi une communauté très soudée et de plus en plus importante qui s’est créée autour du jeu.

Lorsqu’on a eu vent que des sociétés de production étaient entrées en contact avec Square Enix pour acheter les droits, on a trouvé ça gratifiant en tant que créateurs; se dire que ce qu’on a créé justement fonctionne et attire l’intérêt de certaines personnes étrangères aux jeux vidéo comme à Hollywood. On a encore très très peu d’informations sur ce qui va se passer autour de ce projet d’adaptation. Mais avec l’univers qu’on a créé, et tous ses personnages, il y a énormément de possibilités. Avec ce retour à la narration au format série TV, ca sera très intéressant de voir comment les créateurs de la future série se réapproprieront l’histoire, mais aussi la changer et l’interpréter.



AlloCiné : L’une des forces du jeu, c’était effectivement sa narration et l’émotion qui s’en dégageait, mais aussi le principe du choix et ses conséquences multiples. Est-ce qu’il n’y a pas une certaine appréhension à ce niveau là pour la future série ? Serez-vous par exemple étroitement associés à l’écriture de la série ? 

Raoul Barbet & Michel Koch : Comme c’est tout frais, c’est le genre de question qu’on se pose évidemment. Pourquoi pas effectivement être associés à l’écriture ? En tout cas, c’est quelque chose qui nous plairait beaucoup ! Après, c’est un média différent. Nous, si on aime le jeu, c’est notamment pour son côté interactif, et la manière d’écrire une oeuvre interactive est très différente de la manière d’écrire une oeuvre télévisuelle ou pour le cinéma.

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On a beaucoup utilisé par exemple de méthodes d’écriture proche du cinéma pour construire les arcs narratifs, l’évolution des personnages, etc. Quels que soient les créateurs de la série, ce sont des éléments qu’ils pourront tout à fait récupérer. Au niveau de l’écriture, un des dangers serait justement de créer une espèce de clone du jeu non interactif. Dans un jeu, on reste souvent accroché à l’avatar principal, ce qui empêche parfois de raconter des choses Off Screen, en margeAvec la série, on peut tout à fait adopter des points de vues différents sur l’histoire; c’est très intéressant ça.



AlloCiné : Mais vous conserverez un droit de regard sur la création, ou pas du tout ?

Raoul Barbet & Michel Koch : L’I.P [NDR : la licence, ou « Propriété intellectuelle »] appartient à Square Enix; c’est à eux de décider ce qu’ils veulent faire. Evidemment nous, on serait ravi de participer à cette aventure. Pour le moment, on ignore encore quelle sera notre degré d’implication sur ce projet.

AlloCiné : Auriez-vous une idée d’actrice qui pourrait jouer le rôle de Max ?

Raoul Barbet & Michel Koch : C’est une question marrante, parce qu’on a jamais pensé à ça en bossant sur le jeu ! Pour nous, Max & Chloé sont avant tout des avatars en 3D avec leurs polygones. Au début, on a plein de références en tête, alors qu’au final, c’est un personnage composite avec pleins de traits de caractères et de traits de corps différents provenant de pleins d’influences, qu’on modifie constamment.

Les fans l’ont fait à plein de reprises sur le net; c’est toujours sympa de voir dans quel(s) acteur(s) ou actrice(s) ils se projettent. Le truc sympa aussi, c’est de travailler avec les acteurs qui font les voix aux Etats-Unis, et qu’on aime beaucoup. Forcément, on les a en tête, tandis qu’on a aussi en tête les acteurs qui se sont prêtés aux séances de Motion Capture ici, en France, et qui ne sont donc pas les mêmes. C’est donc un peu compliqué de répondre. On a une sorte de création « mutante » associée à plein de personnages et gens différents, mais qui finit par avoir son identité propre.



AlloCiné : un des éléments clés du jeu, c’était le Rewind, qui permettait de rembobiner et plier le temps pour refaire ou revivre les événements en faisant des choix différents. Lorsque nous nous sommes vus en janvier dernier, vous m’aviez alors dit que ca avait été un vrai casse-tête à créer, notamment pour garder une certaine cohérence d’ensemble. Mais du coup, je me demande si ce n’est pas plus facile à mettre en scène avec le langage cinématographique ?

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Raoul Barbet & Michel Koch : C’est sûr qu’il y a beaucoup plus de raccourcis qui peuvent être pris, de choses que le spectateur peut accepter plus facilement, même sur l’écriture. Par exemple quand on joue un personnage dans le jeu, on fait attention à la manière dont on écrit les scènes, de ne pas proposer au joueur des actions qui iraient à l’encontre de ce qu’il voudrait faire. Dans un film ou une série, c’est un principe qu’on accepte davantage. Le voyage dans le temps a quand même souvent été montré au cinéma et dans certaines séries. On les accepte peut-être plus en les voyant qu’en y jouant. Peut-être. En tout cas, c’est un élément qui devra être parfaitement intégré dans la narration, afin qu’on comprenne lorsqu’on revient en arrière / dans le passé, que les autres personnages s’en rendent compte ou pas, etc.

AlloCiné : la musique du jeu, superbe, était presque un personnage à part entière, et contribuait largement à donner à « Life is Strange » sa tonalité mélancolique. Est-ce qu’on pourrait espérer une BO de la même tonalité ? Est-ce que Jonathan Morali, qui signe la BO du jeu, pourrait faire partie de l’aventure ?

Raoul Barbet & Michel Koch : Ah ca serait fabuleux ! En tout cas, c’est indispensable de garder ce Mood Indy Folk qui nous tenait à coeur et qu’on avait dans le jeu, pour la future série. Jonathan serait très heureux de poursuivre l’aventure. On parle pour lui  !

AlloCiné : Dernière question : à qui se destinerait cette future série « Life is Strange » ? Aux aficionados du jeu avant tout ? Ou à ceux qui ne connaissent absolument pas ?

Raoul Barbet & Michel Koch : Très bonne question ! Ca dépendra avant tout de l’orientation choisie. Mais les deux peuvent cohabiter. La série ferait une excellente porte d’entrée sur l’univers de Life is Strange pour ceux qui ne connaissent pas le jeu et ne jouent pas nécessairement aux jeux vidéo, quitte à ce qu’ils découvrent le jeu seulement après avoir vu la série. Par ailleurs, la série pourrait proposer une approche créative qui pourrait plaire aux fans en proposant un univers étendu; il y a de la place pour ça. Mais clairement, on peut tout à fait lier les deux !



Cet article a trouvé sa source chez nos confrères Allo Ciné