La bataille d’Alep fait rage. Depuis dimanche 31 juillet, des groupes rebelles, islamistes et djihadistes tentent de briser le siège de cette grande ville rebelle du nord-ouest de la Syrie, coupée en deux et assiégée par les forces du régime. Samedi, les forces opposées au président Assad ont réussi à rompre le siège mais les gains des rebelles restent fragiles. Le point sur la situation.

  • La situation militaire

Après s’être emparés de plusieurs positions stratégiques au sud d’Alep, samedi 6 août, au niveau de la banlieue de Ramoussah, les forces anti-Assad sont parvenues à opérer une jonction avec les faubourgs orientaux de la seconde ville de Syrie, rompant le siège total imposé à ces quartiers depuis le mois dernier par Damas et Moscou.

S’il s’agit d’un revers notable infligé aux forces du régime, les gains des rebelles, aidés de djihadistes, restent fragiles. Des combats se poursuivaient dimanche au sud d’Alep, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), et les avions de chasse de l’armée syrienne y effectuaient des frappes.

Depuis le début de l’offensive lancée le 31 juillet par les forces anti-Assad, la situation a été fluctuante sur ce front. Les médias gouvernementaux affirment dimanche que l’armée poursuit des opérations dans la région de Ramoussah.

Selon l’OSDH, les combats ont fait en une semaine plus de 700 morts parmi les combattants, la plupart des pertes étant enregistrées dans les rangs rebelles.

  • Qui mène l’offensive rebelle ?

La jonction, depuis le front sud, avec les quartiers orientaux d’Alep, a été annoncée par Ahrar Al-Sham, un puissant groupe salafiste syrien, très implanté dans le nord-ouest du pays. Elle a également été communiquée par le Front Fatah Al-Sham, le nouveau nom que le Front Al-Nosra s’est donné fin juillet, lorsque dans un mouvement tactique ce groupe djihadiste a affirmé prendre ses distances avec l’organisation Al-Qaida dont il se revendiquait jusqu’alors. Mais il s’agit, selon divers experts, d’une pure opération de communication.

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Ahrar Al-Sham et le Front Fatah Al-Sham constituent les deux piliers de la coalition Jeich Al-Fatah (l’armée de la conquête) engagée sur le front au sud d’Alep.

Une autre alliance, Fatah Halab, implantée dans les quartiers rebelles d’Alep, et qui compte des brigades liées à l’Armée syrienne libre, comme Jeich Al-Nasr (l’armée de la victoire), participe aussi à l’offensive.

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  • Qui leur fait face ?

Appuyée par les forces aériennes russes, l’armée syrienne est aussi épaulée par de nombreuses milices : le Hezbollah libanais, d’autres groupes chiites supervisés par l’Iran et formés de combattants irakiens, afghans… Des forces iraniennes sont également déployées. Enfin, Damas s’appuie sur des milices locales de la région d’Alep.

  • De la nourriture va-t-elle pouvoir être à nouveau acheminée dans l’est d’Alep ?

Malgré la rupture du siège, il semblait trop tôt, dimanche matin, pour parler d’un réel désenclavement des quartiers rebelles. C’est à la mi-juillet que les faubourgs de l’est d’Alep, où vivent entre 200 000 et 300 000 personnes, ont été totalement encerclés par les forces du régime.

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Selon l’Agence France-Presse, un camion de légumes a pu entrer samedi dans les quartiers tenus par les insurgés – une goutte d’eau : les stocks de nourriture ont fondu depuis la mi-juillet. Pour qu’un véritable couloir d’approvisionnement puisse être établi depuis le sud (la principale route d’acheminement se trouvait, jusqu’à la mi-juillet, au nord d’Alep), les rebelles doivent sécuriser leurs gains.

  • Les réactions dans la ville
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Les avancées au sud d’Alep ont été accueillies, samedi, par des scènes de liesse dans les faubourgs orientaux sous contrôle de la rébellion depuis 2012. Malgré leur hostilité envers les groupes radicaux, des militants civils anti-Assad basés sur place voient l’offensive en cours comme la seule option pour préserver les quartiers insurgés. Ils mettent en cause le silence assourdissant de la communauté internationale face à la situation humanitaire et aux violents bombardements aériens contre l’est d’Alep.

Dans les quartiers ouest sous contrôle gouvernemental, où vivent entre 1 et 1,5 million de personnes, des habitants ont confié aux agences de presse internationales leur inquiétude de se voir à leur tour isolés. Selon une source indépendante, l’offensive lancée le 31 juillet a déjà provoqué la fuite de civils qui vivaient au sud d’Alep en territoire tenu par le gouvernement.