Mars 2014, un géant arrive en France et vient faire trembler les productions locales. Comme le titre avec un courage le sur-subventionné Figaro à l’époque, Netflix débarque et ça va dépoter sévère, z’allez voir ce que vous allez voir ! Un peu plus de deux ans après, on peut déjà faire un bilan : Netflix s’en va.

netflix k7

On assiste donc à une nouvelle réussite industrielle flamboyante du terroir français : pour des raisons grassement fiscales et deux ans après s’être installée en France, Netflix, la plate-forme de vidéo à la demande sur internet, quitte ses bureaux parisiens pour les transférer aux Pays-Bas. Zut alors.

Quel dommage ! Quel dommage pour le ministère de la Culture qui avait, par Netflix, essayé de montrer ses muscles en imposant à la plate-forme de s’installer en France pour qu’elle y paye ses impôts. Voilà un revers qui ne pourra pas venir au crédit d’Orélifilipéti, l’onomatopée qui fut en charge de ce ministère au moment où la firme américaine débarquait sur l’internet français, et qui avait âprement bataillé pour que l’entreprise soit aussi fraîchement accueillie que possible.

aurelie filippetti netflixLas : malgré les alléchantes dispositions que le pays avait prises pour la plate-forme, voilà donc qu’elle quitte ce pays aux 400 fromages et autant de taxes. Parce que c’est bien de taxation dont on parle ici, et goulûment même lorsqu’on épluche les articles consacrés à l’épineux départ : tout montre après analyse que la société, dont le siège européen est déjà installé aux Pays-Bas, ne se serait installée en France que pour calmer les autorités françaises (Orélifilipéti rapidement suivie de Fleur Pellerin) qui réclamaient leur part du gâteau. Pire : ces méchants capitalistes auraient tout fait pour limiter leurs impôts sur place. Comme le disent tous les folliculaires : entre 2014 et 2016, la société n’aurait ainsi versé que 600.000 euros aux impôts français.

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Quel scandale ! Quel scandale qu’une entreprise qui fait des profits et qui marche si bien, qui répond tant et mieux à la demande des consommateurs et en tire, n’en doutons pas, une marge substantielle, quel scandale que cette entreprise fasse ainsi tout son possible pour ne pas participer à la saine redistribution de la manne ainsi collectée ! Quel scandale que ses actionnaires cherchent ainsi à faire du profit pour eux et non pour tout le monde ! Quel scandale, surtout, que cette entreprise, en voyant ce que se prennent comme redressements fiscaux Google ou Booking en France, décide de se retirer bien vite de ce petit jeu de dupes où celui qui s’installe et investit finit toujours par se faire plumer par l’État socialiste… On dirait vraiment, à bien lire, les mêmes réactions outrées et le même appel au juste courroux fiscal qu’on pouvait lire il n’y a pas un mois concernant AirBnB qui, salaud parmi les salauds, ne déclarait que 70.000 euros d’impôts l’année passée.

En attendant qu’AirBnB en fasse autant, Netflix se barre donc, évaporant ainsi le rêve de profits juteux et d’impôts dodus tombant sans mal dans l’escarcelle de Bercy. Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées et surtout …

Redevance et quotas, car l’évasion fiscale qui se joue ici devant nos yeux ébahis se double d’une félonie culturelle sans limite : Netflix, en s’installant ainsi en terre étrangère, ne devra plus supporter les petites avanies spécifiquement franco-françaises. Théoriquement, l’entreprise pourra échapper au reversement d’une partie de son chiffre d’affaire pour la création européenne, l’obligation de financer des créations françaises (quel dommage, on ne verra plus de joyaux comme la série Marseille !), ou pourra probablement s’affranchir de la chronologie des médias française, celle qui impose par exemple que les films ne puissent trouver leur contrepartie en DVD que quatre mois après leur sortie en salle, ou 48 mois (oui, vous avez bien lu, 48 mois) pour la vidéo à la demande (Netflix et ses concurrents équivalents, donc).

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netflix week end alone

Et ça, mes petits amis, c’est proprement impensable.

Par ces manœuvres honteuses, si Netflix parvient ainsi à s’affranchir des carcans fiscaux et surtout réglementaires français, où va le monde, je vous le demande, où va le monde ? Parce qu’à l’évidence, on commence ainsi, et on se retrouve rapidement, quelques mois plus tard, avec un consommateur français qui désire regarder un film étranger, voire américain ou même indien, qui paye la plate-forme directement, sans même passer par un service français ou un 3615 MaBanque, qui peut choisir son film dans un catalogue bien fourni, le regarde et finit même par en tirer satisfaction, et ce, sans que les pouvoirs publics soient intervenus à quelque bout de la chaîne de production que ce soit.

Non seulement, ce serait admettre que ces pouvoirs publics n’ont été jusque là qu’une encombrante mouche du coche, mais en plus, tout ceci risque de provoquer une augmentation sensible du producteur, du consommateur et du distributeur sans le contrôle avisé de l’État et de ses sbires, et sans la ponction fiscale afférente. À l’évidence, bien au-delà de la brochette de chatons mignons, c’est bien la fin de la civilisation telle qu’on la connaît qu’on évoque ici. On ne s’étonnera donc pas des petits articles apeurés et outrés qu’on peut lire dans la presse française, qui regrette à mots couverts que la ponction fiscale ne se soit pas faite plus violente, tout comme on sait que nos autorités, blessées dans leur ego et flairant la jurisprudence dangereuse, n’en resteront pas là pour tomber sur le râble de l’infortunée plate-forme.

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Apparemment, aucune leçon ne sera tirée de ce magnifique camouflet. Personne n’osera dire à Filippetti qu’en passant servilement les plats des lobbies de production et de distribution français afin de faire plier Netflix, elle n’a fait qu’empirer une situation qui aurait largement mérité son assouplissement. Personne n’osera expliquer au Ministère de la Culture qu’à force de subventionner, orienter, corseter de quotas la production audiovisuelle française, on en a fait un être débile et chétif, aux productions oscillant régulièrement entre le médiocre et chiantissime que de rares exceptions peinent fort à remettre sur pied.

Partant, personne ne conviendra ouvertement qu’il vaudrait mieux copier les Pays-Bas et inciter Netflix à revenir, plutôt que vexer ceux qui restent et les inciter à partir.



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