En cette rentrée, où un certain nombre d’enfants manifestent peut-être des réticences à l’idée de revenir sur les « bancs » de l’école, voici un documentaire passionnant qui rappellera que l’école peut en un sens être considérée comme un luxe, en tous les cas comme un précieux instrument d’accès potentiel à la liberté.

 Par Johan Rivalland.

L’école est une sorte de luxe dont on mésestime trop souvent la valeur, surtout lorsqu’on est un enfant vivant dans un pays aisé, pour qui s’y rendre va de soi, celle-ci étant jusqu’à un certain âge obligatoire. Et ce, quels que soient ses défauts.

Sans elle, difficile pour la plupart des gens d’envisager un accès à l’instruction, à de la connaissance, et à une chance de pouvoir améliorer son sort, sa vie, ou tout au moins de pouvoir accéder à des métiers que l’on n’aurait pu envisager autrement.

Le chemin de la connaissance

Sur le chemin de l'écoleÀ travers ce documentaire, nous suivons ainsi, en parallèle, l’itinéraire de quatre enfants à quatre endroits différents de la planète, en des lieux où l’école est loin d’être accessible à tous et où il faut une sacrée détermination pour souhaiter s’y rendre coûte que coûte.

Ces quatre enfants ont en commun d’être loin de l’école la plus proche, de devoir effectuer un très long parcours semé d’embûches et parfois au péril de leur vie. Avec un souci commun : le désir d’améliorer leur vie, d’accomplir leurs rêves en accédant au métier auquel ils aspirent, mais aussi plus immédiatement répondre à leur soif d’apprendre, à commencer par le plus rudimentaire : lire, écrire et compter.

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Voici ce qu’énonce la voix off (que l’on n’entendra plus par la suite, pour laisser place aux images pures, sans commentaires ajoutés), en ouverture :

« On oublie trop souvent que l’école est une chance. Dans certaines régions du monde, le chemin de l’école est un parcours du combattant et le savoir une conquête. Chaque matin, parfois au péril de leur vie, des enfants héroïques s’engagent sur le chemin de la connaissance. »

Un parcours semé d’embûches

  • On frémit avec Jackson, 11 ans, qui vit au Kenya et part chaque jour à 5h30 du matin en compagnie de sa petite sœur pour effectuer les 15 kilomètres qui les séparent de l’école, à travers la savane et au milieu de la menace des bêtes sauvages. Deux dangereuses heures de trajet à pied qu’ils effectueront chaque jour dans l’autre sens après leur journée d’école.
  • Zahira, 12 ans, réside quant à elle dans les montagnes de l’Atlas marocain. Et ce n’est pas une sinécure que de devoir marcher durant quatre heures chaque lundi matin, en compagnie de ses deux amies qu’elle retrouve en chemin, afin de rejoindre son internat. Vingt-deux kilomètres les séparent de leur école, et pas facile de recueillir l’aide et la bienveillance d’automobilistes pour les convoyer une partie du chemin, celle où de petites routes arpentent le relief escarpé. Le week-end qui précède cette longue pérégrination, Zahira apprend ses leçons auprès de sa grand-mère, qui n’est pas allée à l’école, mais a étudié simplement le Coran à la Mosquée.
  • Carlos, 11 ans, traverse à cheval, chaque jour et par tous les temps, en emmenant avec lui sa petite sœur, les plaines de Patagonie, sur plus de 18 kilomètres. Un itinéraire d’environ une heure et demie. Avec une détermination là encore sans faille, bravant eux aussi la fatigue, les douleurs physiques, les dangers du relief.
  • Enfin, Samuel, 13 ans, enfant handicapé habitant dans le Golfe du Bengale en Inde, se déplace en fauteuil roulant, poussé par l’un de ces deux petits frères, tiré par l’autre, sur des chemins chaotiques, boueux, caillouteux. Un véritable exploit quotidien sur les 4 kilomètres de leur itinéraire, qu’ils parcourront en moyenne en une heure et quart d’efforts particulièrement intensifs, surtout lorsque le fauteuil roulant, rouillé et en mauvais état, connaît des défections en cours de route…
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Un documentaire particulièrement émouvant et en forme d’hommage à la fois à tous ces enfants qui, de par le monde, connaissent des situations semblables, mais aussi à l’école en général, dont on mesure mieux le prix et la chance que l’on a de pouvoir y accéder sans trop de peine. Sans oublier tous ceux qui sont contraints, aujourd’hui comme naguère, de travailler très très jeunes, et préféreraient très certainement disposer de cette chance d’aller à l’école, que nous avons trop souvent tendance à oublier ou ignorer ici en des lieux favorisés.

  •  Sur le chemin de l’école, un film de Pascal Plisson, Lauréat du César 2014 du meilleur film documentaire, Winds films, 74 minutes, avril 2014.



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