Infiltrator : Diane Kruger a « une admiration profonde pour les gens qui font ça pendant des années »

Dans Infiltrator, elle intègre le cartel de Pablo Escobar aux côtés de Bryan Cranston, le temps d’une mission à haut risque inspirée d’une histoire vraie. De passage à Deauville, où le long métrage était présenté en ouverture, Diane Kruger est revenue avec nous sur cette aventure, en plus de nous faire part de sa fascination pour son partenaire.

AlloCiné : Connaissiez-vous cette histoire avant de faire partie du projet ?
Diane Kruger : Je connaissais l’histoire sur Pablo Escobar dans son ensemble, mais pas celle de ce mariage. Je suis fascinée par Pablo Escobar et j’adore la série Narcos, ou aller au cinéma voir des histoires d’infiltrés comme celle-ci.

Entre ce film ou « Paradise Lost » avec Benicio del Toro, et la série « Narcos », pourquoi Pablo Escobar fascine-t-il toujours autant ?
Je pense que les gens sont fascinés par le grand banditisme et les gangs. Et son histoire est énorme, même aujourd’hui. Je ne sais pas si vous avez suivi ça, mais ils ont vendu la maison de Pablo Escobar à Miami, il y a six mois, et de l’argent y a été retrouvé. Ce qui fascine c’est la façon dont il a pu construire un empire aussi énorme, avec des Américains impliqués.

Avez-vous lu le livre de Robert Mazur, qui reconnaît que le scénario est dramatisé par moments ?
Je l’ai lu, oui, mais c’est plus sec, puisqu’il raconte sa vie et cette histoire de façon très policière. Mais il faut bien évidemment, lorsque l’on fait un film, que ce soit plus spectaculaire. En vrai ils ont mis trois ans, mais nous ne pouvions pas le raconter ainsi.

Important que Kathy se sente bien représentée

Avez-vous pu rencontrer Robert Mazur ou Kathy Ertz, la personne que vous incarnez ?
Robert oui, car il a fait beaucoup de choses pour le film et il était souvent sur le tournage. Mais Kathy ne veut pas rencontrer les gens car elle a encore très peur de se dévoiler. Elle est même venue à l’avant-première de Tampa mais ne s’est pas présentée. Elle m’a juste envoyé un message après. J’ai quand même pu lui parler au téléphone et elle m’a fait parvenir pas mal de photos d’elle, et beaucoup des costumes sont inspirés de ceux qu’elle portait à l’époque. Mais je peux comprendre qu’elle soit très mystérieuse, et j’ai bien senti qu’elle ne m’a pas tout dit.

Ressent-on une plus grande responsabilité lorsque l’on incarne des personnes encore vivantes ?
Oui, forcément. J’étais assez fascinée par elle et j’avais envie de connaître plus de détails, même si on ne les voit pas forcément dans le film. Mais elle-même était mariée et avait deux jeunes enfants à la maison, donc c’était agréable que de pouvoir lui poser des questions à ce sujet. Car même si le résultat est mon interprétation de qui elle était, il était important pour moi qu’elle se sente bien représentée.

Surtout que, et nous avons fait un ajustement au niveau du scénario, il était très rare que des femmes soient infiltrés, car c’était surtout un milieu d’hommes, très macho. Elle a vraiment dû s’imposer auprès de ses collègues, et je trouvais génial de pouvoir jouer un personnage grâce à qui il y a eu une vraie ouverture dans ce métier, car c’était l’une des premières à le faire.



Est-ce que votre fascination pour les histoires d’infiltrés vient aussi du fait que leurs missions sont parfois comparables à des rôles joués par des acteurs ?
(rires) Dans le sens où l’on prétend être quelqu’un que l’on n’est pas pendant trois mois, oui. Mais après il n’y a pas cette notion de danger. Et j’ai une admiration plus profonde pour les gens qui font ça pendant des années, quand nous ce sont des très courtes périodes. Je ne sais pas comment eux font pour ne pas mélanger leur vraie vie avec celle qu’ils vivent pendant trois ans. Surtout que Robert et Kathy sont encore mariés aux mêmes personnes. Je ne crois pas qu’ils n’aient pas pu aimer, à un moment, vivre cette vie de luxe avec des avions privés et des fourrures.

C’est ce qu’on sent dans le film quand votre personnage finit par avoir des scrupules à l’idée de faire tomber ses nouveaux amis, ce qui est rare dans les films d’infiltration. Dans le même genre, vous est-il arrivé d’avoir du mal à décrocher d’un rôle ?
Oui bien sûr. Et je pense que c’est le cas pour beaucoup d’acteurs, car beaucoup de gens se rencontrent sur un plateau et finissent ensemble après. Mais c’est normal car on joue avec les sentiments, et on vit tellement un moment un part et en-dehors de la réalité du monde, que c’est parfois très difficile de ne pas mélanger les deux.

Bryan Cranston est le meilleur acteur avec lequel j’ai travaillé

Lors de la présentation du film à Deauville, vous avez avoué ne pas avoir réussi à parler à Bryan Cranston pendant une journée. Par rapport à ce qu’il représente et véhicule en tant qu’acteur ?
J’étais tellement fan de Breaking Bad ! Je ne sais pas ici, mais aux Etats-Unis il est admiré par beaucoup de monde dans le métier. Les gens sont impressionnés par lui, comme je l’ai été, et j’ai fait un vrai moment de fangirl (rires) Mais c’est surtout un acteur très intense, et sans doute le meilleur avec lequel j’ai travaillé. C’est un acteur de caractère devenu une star de cinéma.

Puisque l’on parle de série, y en a-t-il une que vous suivez de près, en plus de Narcos ?
Il y a House of Cards, et Making a Murderer. Je trouve ça fascinant et c’est ce que j’aime, tout ce qui est politique et policier. Ce sont vraiment les séries que je préfère.

Making A Murderer Bande-annonce

Avez-vous le sentiment qu’il est aujourd’hui plus facile de trouver des rôles de femmes intéressants à la télévision ?
Ça a toujours été comme ça, mais ça se mélangeait moins à l’époque, parce qu’il fallait souvent s’engager sur sept ans à la télévision, ce qui rebutait beaucoup d’acteurs voulant faire du cinéma. Avec l’ouverture des plateformes comme Amazon et Netflix, il y a des séries plus courtes, puisqu’il y en a 10 ou 13 épisodes au lieu de 22, et les tournages le sont aussi. Et beaucoup de réalisateurs aiment aujourd’hui tourner pour la télé, car ils n’ont pas de final cut avec les studios, et la marge de manœuvre est très restreinte.

Surtout que des metteurs en scène comme Woody Allen s’y sont récemment mis.
Ça se mélange aujourd’hui, et le métier change beaucoup aux Etats-Unis. Et même moi qui adorais aller au cinéma, je préfère aujourd’hui rester chez moi devant ma super télé – et le fait d’avoir une telle qualité chez soi a aussi pu jouer – pour me faire une bonne série. Et il faut voir ce que l’on nous propose : ce n’est pas mauvais, mais ce sont des divertissements, et si je n’ai rien à faire un dimanche soir je peux peut-être aller voir un blockbuster. Mais ce n’est pas ce que je préfère regarder.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 3 septembre 2016



Cet article a trouvé sa source chez nos confrères Allo Ciné

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