Par Bernard Kron.

Y a-t-il un candidat à la primaire pour sauver la Santé ?

bouée credits yozine (licence creative commons)

En 1958 le plein temps hospitalier a permis de moderniser les hôpitaux et les droits sociaux ont été étendus à tous. Il a fallu plus de trente ans pour en connaître les effets pervers !

Pendant les trente glorieuses de l’après guerre tout allait bien avec la croissance et un relatif équilibre entre le public et le privé mais le mal était mis en marche… La descente aux enfers a réellement commencé après les chocs pétroliers.

L’aggravation des déficits sociaux a incité le monde politique à faire porter le chapeau au corps médical.

Les politiques tous partis confondus sont responsables mais ne se sentent pas coupables du naufrage du système de soins !

Déjà sous Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Barrot avait bloqué les honoraires des médecins libéraux, ce qui donnera lieu à des manifestations monstres. La charge mémorable de CRS à Paris sur le pont Alexandre III ne sera jamais oubliée. Le ministre donnera  son aval à une convention médicale qui, en créant le secteur 2,  permettra de contenir pour un temps les revendications tarifaires des médecins sans coûter trop cher à la collectivité.

L’arrivée des socialistes en 1981

C’est la mise en place du programme commun. Il développera encore davantage la pensée unique qui gouverne déjà  la France : aller vers toujours plus d’assistance.

François Mitterrand va élargir le périmètre des avantages sociaux tout en augmentant les prélèvements. Les ordonnances de 1982 abaissent l’âge de la retraite à soixante ans. Le Revenu Minimum d’Insertion (RMI) apparaît en 1988, suivi en 1990 par la Contribution Sociale Généralisée (CSG) sur tous les revenus. Tel Robin des Bois, l’État prélève chez les nantis ce qu’il distribue aux plus démunis, tout en récompensant au passage ses serviteurs zélés.

Le retour de la droite en 1995

Elle va pérenniser la hausse des prélèvements et donner par ordonnances aux parlementaires le contrôle du budget de la Sécurité Sociale (Juppé, 1995).

Déficits et chômage ne cessent d’augmenter. 1996 voit apparaître de nouveaux modes de financements comme la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale (CRDS) dont le produit est affecté à la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES) chargée de la gestion des déficits des régimes de Sécurité Sociale.

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La réforme de la constitution de la Ve république crée en 1996 les Lois de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS).

Le vœu pieu de la représentation nationale est d’assurer l’équilibre financier de la Sécurité sociale.

La loi organique du 22 juillet 1996 en précise le contenu, vote des prévisions de recettes, des objectifs de dépenses par branches et des dépenses nationales d’assurance maladie.

La carte vitale est mise en place en 1997, puis la Couverture Maladie Universelle (CMU) en 1999. Les abus et les trafics de toutes sortes vont pervertir un système déjà trop complexe.

L’Aide Médicale d’État (AME) permet de soigner gracieusement les étrangers, même en situation irrégulière. C’est un appel d’air, d’autant que nombre de pays ne payent pas leurs dettes dans nos hôpitaux (chiffre estimé à plus de 9 Mds€ !)

Les lois About et Kouchner sur la protection des malades (2002)

Elles vont peser négativement sur le système de soins. :

  • En 2004, la réforme de l’assurance maladie étatise un peu plus le régime avec la création du médecin traitant référent qui va précéder de peu l’apparition du parcours de soins. C’est un premier pas vers une médecine à deux vitesses en fonction du pouvoir d’achat du patient. Les soins par l’argent !
  • La création du dossier médical personnel et la nouvelle gouvernance de l’assurance maladie vont alourdir encore le système de santé avec la promotion des médicaments génériques, moins chers mais… moins efficaces que les molécules princeps.

L’étatisation va se poursuivre avec les avenants conventionnels qui menottent peu à peu le corps médical.

Les promesses de 2004 faites par Xavier Bertrand aux chirurgiens pour revaloriser leurs actes techniques ne seront jamais tenues.

L’arrivée de Nicolas Sarkozy en 2007 va apporter un début d’espoir

  • La  réforme des retraites recule progressivement l’âge légal de départ à la retraite de soixante à soixante-deux ans. Mais il faut vite déchanter avec les plans hôpitaux qui avaient été initiés sous Jacques Chirac. Ces plans financés par la dette et des emprunts que l’on pourrait qualifier de toxiques menacent de ruiner l’hôpital.
  • La loi HSPT de 2011 institue les ARS et la nouvelle gouvernance ce qui renforce les pouvoirs exercés par les directeurs d’hôpitaux et les harcèlements des médecins. Le conseil d’administration est remplacé par un directoire et un conseil de surveillance. Cette évolution  participe à la socialisation étatique et dictatoriale du système de santé.
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Il ne faut donc pas s’étonner dans ces conditions que les dépenses continuent d’exploser. Ces réalités n’empêchent pas à des projets pharaoniques de voir le jour.

  • Tel est le cas de l’Hôpital Sud-Francilien (HSF). Il est encore plus gigantesque que les derniers nés que furent Strasbourg et Toulouse : 110 000 mètres carrés utiles pour 300 000m2 hors tout ! Il regroupe l’offre de soins des hôpitaux Gilles de Corbeil-Essonnes, de Louise Michel d’Évry-Courcouronnes et Albert Calmette de Yerres qui devront être détruits. Il comporte 1100 chambres et 26 blocs opératoires. Les malfaçons et les surcoûts de réalisation le rendaient largement déficitaire avant même son ouverture. Le bail de partenariat public privé(PPP) devait durer 30 ans. Il prévoyait un loyer annuel indexé dont le coût annuel et la maintenance étaient faramineux. Pour 2014 il devait être de 48 millions d’euros. Un accord forfaitaire a dû être conclu pour solder les paiements pour 80 millions d’euros. L’hôpital sud-francilien reprendra à sa charge les coûts de maintenance.
  • De  nouveaux projets hospitaliers fleurissent à Melun et à Saint Ouen. Ce sera le nouvel Hôpital Universitaire Nord dont l’ouverture est prévue pour 2025. Il remplacera les hôpitaux vétustes de Beaujon et Bichat. C’est  maintenant  le tour du « Trois en un de Saclay » à se trouver dans les starting-blocks. Il regroupera les trois hôpitaux difficiles à moderniser d’Orsay-Longjumeau-Juvisy.

Comment assurer les financements ? Les coûts sont toujours dépassés et celui de la destruction des anciens hôpitaux toujours sous estimés.

Parallèlement le développement de la chirurgie ambulatoire prend du retard. Il faudrait d’une part fermer 50 000 lits aigus et restructurer toute la chaîne de soins.

La rigueur, la coordination parfaite et la surveillance avant le retour à domicile doit de plus être sans faille ce qui impose la perfection.

La loi santé de 2015

Elle institue le TPG (Tiers Payant Généralisé) et a mis le corps médical dans la rue.

Les médecins ont toujours pratiqué le tiers payant ou des consultations gratuites quand cela était nécessaire mais ils refusent cette systématisation qui sera impossible à gérer.

Les problèmes  se multiplient dans les cabinets libéraux.

Le nombre de personnes couvertes par la CMU mais qui arrivent en consultation sans aucun papier ni aucune carte sésame vitale est impressionnant.
Le pire maintenant sont les patients appelés ACS qui bénéficient de la Sécurité sociale comme ceux disposant de la CMU mais avec en plus une couverture mutuelle. Là encore, c’est à la fin de la consultation que les patients sans carte en informent le médecin. « Nous ne payons pas c’est notre droit ».

Le médecin, s’il en a la possibilité, doit compléter une feuille de soins, mais aussi photocopier les éléments de la mutuelle (si le patient a ses papiers sur lui) envoyer la feuille de soins à la CPAM (un timbre) puis trouver la mutuelle à laquelle adresser le dossier pour recevoir le complément de la Sécurité sociale. Il faudra aussi photocopier la feuille de soins pour la mutuelle sans aucune certitude que quelqu’un paiera un jour.

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Aujourd’hui c’est plus de 450 mutuelles auprès desquelles les médecins vont être obligés de courir, sans réel moyen de contrôle. Pour récupérer le complément du montant de la Sécurité sociale, environ 7 euros, le travail pour être payé,  les correspondances,  coups de téléphone, timbres  coûtent plus que les sommes à recouvrer. On peut même penser que l’État et les assurances privées comptent là-dessus.

Le tarif moyen en Europe de la consultation du médecin généraliste est de 40€.

La nouvelle convention après des discussions interminables l’a portée à 25€.

Ce sera la mort de la médecine de proximité.

La réforme des études médicales

Le numerus clausus entraîne une hyper sélection mais l’ECN reçoit tous les étudiants pour l’internat.

Au lieu de se pencher sur cette équation, la réforme du troisième cycle est actée, tournée vers le maintien à l’hôpital du maximum d’internes pour faire fonctionner des services de plus en plus désertés par les spécialistes les plus performants. Le Clinicat sera réservé à la minorité qui souhaite rester à l’hôpital ! Ce sera la fin de l’excellence !

Former en 6 ans tous les spécialistes même chirurgicaux est une folie !

Je développe mes idées pour maintenir cet élitisme dans mon livre Chirurgie chronique d’une mort programmée publié aux éditions L’Harmattan.

L’Automne après cet été torride sera brûlant !



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