Dans la ville de Saada, le 23 août.

Une enquête du Guardian en coopération avec le Yemen Data Project, ONG recensant les données liées à la guerre qui ravage le Yémen, montre que plus du tiers des attaques aériennes menées par l’Arabie saoudite ont visé des sites civils et pas de sites militaires tenus par les rebelles chiites houthistes.

Accusés à de nombreuses reprises de bavures dans les bombardements constants qu’elle mène, l’Arabie saoudite et sa coalition (pays du Golfe, la Jordanie, le Maroc et l’Egypte), soutenue par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dit ne pas viser délibérément les civils.

Dans la ville de Saada, le 23 août.

Une affirmation démentie par les chiffres du Yemen Data Project, « l’enquête la plus exhaustive du conflit jusqu’ici » selon le Guardian, couvrant la période allant de mars 2015 et août 2016 :

  • Au moins 8 600 bombardements aériens ont été menés par la coalition saoudienne : 3 577 ont touché des sites militaires et 3 158 des sites « non militaires ». Les cibles du reste des attaques n’ont pas pu être déterminées avec précisions.
  • Au moins 942 bombardements ont visé des zones résidentielles, 114 des marchés, 34 des mosquées, 147 des infrastructures scolaires et 26 des universités.
  • L’enquête met à jour des bombardements répétés contre des bâtiments civils, comme cette école à Dhubab, touchée « à neuf reprises » et un marché à Sirwah, attaqué « 24 fois ».
  • Une des conséquences de ces attaques répétées est le départ d’ONG, comme Médecins sans frontières (MSF), dont un hôpital au nord de Sanaa a été pulvérisé par un chasseur bombardier saoudien en août. Ce qui rend encore plus difficile de relayer la réalité du terrain à l’extérieur du pays.
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Le ministre des affaires étrangères saoudien, Adel Al-Jubeir, a qualifié ces chiffres de « largement exagérés » et accusé les rebelles d’avoir « transformé des hôpitaux et mosquées en centre de commandement et en dépôts d’armes ». « Ce ne sont plus des cibles civiles. Ce sont des cibles militaires. Il s’agissait peut-être d’écoles il y a un an, mais il ne s’agissait plus d’écoles lorsqu’elles ont été bombardées », a-t-il dit au Guardian.

Après un bombardement à Sanaa, le 23 mars.

Le Yémen, « ce concentré de crimes de guerre, de destructions civiles et culturelles, en passe d’en faire une tragédie humanitaire sans précédent dans la région », n’entrevoit aucune issue à la guerre qui le détruit depuis dix-sept mois.